Moisson de blé 2025 : abondance trompeuse, malaise persistant

  • Mis à jour : 27 Novembre 2025   |   Publié : 16 Juillet 2025
  • Temps de lecture : 2 minutes
Moisson de blé 2025 : abondance trompeuse, malaise persistant

Alors que les moissonneuses tournent à plein régime partout en France, les chiffres sont flatteurs : la moisson de blé tendre 2025 s’annonce exceptionnelle. Mais derrière cette abondance apparente se cachent des réalités bien plus contrastées pour les producteurs. Rendements en hausse, certes… mais revenus toujours sous pression, prix en berne, charges en hausse et menaces sanitaires en embuscade. Décryptage.

Des rendements qui rassurent

Avec 32,6 millions de tonnes estimées, la récolte de blé tendre rebondit de 27 % par rapport à 2024, année noire marquée par des conditions climatiques très défavorables. Le rendement moyen national atteint 72,6 q/ha, en hausse de 19 %. Certaines régions affichent des pointes à plus de 80 q/ha, portées par un printemps favorable, des semis précoces et une bonne tenue des sols.

Du côté des coopératives, ce retour à un niveau “normal” de production soulage les tensions logistiques et financières. Après la disette de l’an passé, les silos se remplissent, et l’amortissement des charges fixes redevient possible.

Une rentabilité toujours sous pression

Mais l’euphorie est de courte durée. Sur les marchés, les prix stagnent à moins de 200 €/tonne, soit en dessous des coûts de production pour la majorité des céréaliers. En cause : une offre mondiale abondante (mer Noire, Amérique du Sud), une demande européenne peu dynamique, et une concurrence croissante sur les débouchés export.

Résultat : les producteurs hésitent à vendre, espérant une remontée des cours… qui tarde à venir. Le revenu net moyen des céréaliers en 2023 n’avait atteint que 11 970 € par actif non salarié — un des plus faibles niveaux depuis 30 ans — et la situation 2025 ne promet pas un vrai redressement.

Des charges qui explosent

Dans le même temps, les coûts de production continuent de grimper. La guerre commerciale entre l’Europe et la Russie a fait bondir le prix des engrais azotés (jusqu’à +30 % sur certaines références), amplifié par l’instauration de droits antidumping sur les engrais russes. La logistique, les carburants, les assurances et l’entretien du matériel pèsent également de plus en plus lourd sur les trésoreries.

Une menace sanitaire en embuscade : l’ergot

À cela s’ajoute une alerte sanitaire qui inquiète les techniciens : le retour de l’ergot de seigle, un champignon toxique qui peut contaminer le blé en conditions humides. La molécule flufénacet, jugée essentielle par de nombreux producteurs pour lutter contre cette pathologie, ne sera plus autorisée qu’jusqu’à fin 2026. Et aucune solution de substitution réellement efficace n’est encore homologuée.

Le risque ? Voir certaines parcelles déclassées ou rendues impropres à la commercialisation. Un enjeu technique et économique à très court terme.

L’appel à l’export et à la diplomatie agricole

Pour éviter de saturer le marché français, plusieurs organisations professionnelles appellent l’État et les coopératives à intensifier la conquête de nouveaux débouchés à l’international, au-delà des marchés historiques comme l’Algérie. L’Afrique de l’Ouest, l’Asie du Sud-Est et certains pays du Moyen-Orient pourraient représenter des relais de croissance… à condition d’avoir une vraie stratégie diplomatique et logistique.


Ce qu'il faut retenir :

  • Rendement record : 32,6 Mt de blé tendre attendues en 2025, soit +27 % par rapport à 2024.
  • Des prix insuffisants : Cours autour de 196 €/t, en dessous des coûts de production.
  • Charges en hausse : Les engrais et intrants explosent, grevant les marges des exploitants.
  • Risque sanitaire accru : L’ergot revient, avec peu d’alternatives au flufénacet avant son interdiction en 2026.

Perspectives : vers un nouveau modèle ?

Cette moisson 2025 met en lumière les limites d’un modèle agricole encore trop dépendant des volumes, des intrants importés et des aléas du marché mondial. Le sujet de la souveraineté alimentaire, réactivé par les crises récentes, impose de repenser nos filières céréalières dans leur globalité : qualité, résilience, diversification, relocalisation.

Les agriculteurs français demandent : juste des prix justes, des débouchés stables et des outils techniques adaptés.


  • Cyril Combes Cyril Combes, Rédacteur chez Agryco
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