Actu des engrais du 16 septembre 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
350 € : l’aide s’ouvre à tout le monde. Plancher divisé par deux ; et un second détroit bascule au Moyen-Orient.
Deux nouvelles utiles cette semaine, et elles vont dans le même sens. La fiche officielle du ministère indique désormais que les achats d’engrais azotés simples facturés et payés du 1er juin au 31 décembre 2026 ouvrent droit à l’aide, et non plus jusqu’au 30 septembre. Et le plancher de versement, fixé à 750 € par dossier, est ramené à 350 €. Concrètement, il fallait une quinzaine de tonnes pour ouvrir un droit ; il en faut désormais sept au taux de base, cinq au taux majoré. Une exploitation qui fertilise quelques hectares de maïs et complète ses prairies entre dans le dispositif.
Le reste ne change pas : 50 €/t, 70 €/t pour les exploitations les plus exposées, plafond à 50 % du tonnage acheté en 2025, et des dossiers servis dans l’ordre d’arrivée sur une enveloppe de 145 M€. Une réserve d’usage tout de même : la page de FranceAgriMer confirme la prolongation, mais sa partie détaillée affiche encore l’ancienne période, la décision modificative n’est pas jointe et la date limite de dépôt reste inconnue.
Le second fait de la semaine est ailleurs. Après Ormuz, Bab el-Mandeb. Vendredi, des combattants houthis ont pris l’île de Perim, qui coupe en deux le chenal du détroit, au lendemain de l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest, touché par des drones. Ce tuyau était la porte de sortie de secours du Golfe depuis la quasi-fermeture d’Ormuz. Le détroit n’est pas fermé, mais le trafic y est tombé d’une trentaine de navires par jour à une douzaine en fin de semaine, et des armateurs reroutent déjà par le cap de Bonne-Espérance. Deux passages contraints en même temps, cela veut dire du fret plus cher, des assurances plus chères et des routes plus longues. Le Brent a dépassé 108 $ le baril lundi matin, le gaz européen tourne autour de 80 €/MWh, et l’azote européen se fabrique avec ce gaz-là. Il s’en fabrique d’ailleurs moins : un producteur de 3,6 Mt d’ammoniac par an a annoncé le 2 septembre envisager de réduire sa production, et une usine d’urée italienne ne redémarrera pas avant la mi-novembre.
Repères cultures (prix indicatifs)
Les trois cotations ne bougent pas d’une semaine sur l’autre, ce qui est déjà une information dans une semaine où le pétrole a repassé les 108 $. Pour l’exploitation, la conséquence est simple : le produit ne bouge pas alors que la charge d’azote remonte, et c’est l’écart entre les deux qui se creuse.
À retenir :
- Le plancher de l’aide est abaissé de 750 € à 350 € : sept tonnes suffisent à 50 €/t, cinq au taux majoré.
- Les achats facturés et payés jusqu’au 31 décembre 2026 sont éligibles ; la date limite de dépôt reste à préciser.
- Après Ormuz, l’île de Perim au milieu de Bab el-Mandeb passe sous contrôle houthi, au lendemain de l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest.
- Le gaz a pris 20 % en quinze jours : la marge d’un producteur européen d’ammonitrate est désormais nulle, et le contingent d’urée importable sans droits de douane est aux deux tiers consommé.
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Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Le 33,5 reprend 5 €/t et le 27 en reprend 15 : l’écart entre les deux se resserre. Et cette fois, le coût neuf est là. Le gaz de l’échéance d’octobre a pris 20 % de plus. Sur cette base, produire une tonne d’ammonitrate en Europe revient à environ 530 €. Le marché français de l’ammonitrate est par ailleurs estimé couvert à 70-75 % des volumes de l’an dernier, de quoi tenir les deux premiers apports. À l’unité d’azote, en ramenant les deux produits sur une base départ, le 27 revient à environ 1,50 € contre 1,60 € pour le 33,5.
Urée
L’urée reprend 15 €/t, et le mouvement paraît modeste au regard de ce qui s’est joué au Moyen-Orient cette semaine. Le Golfe assure environ 35 % du commerce maritime mondial d’urée, et le contournement routier mis en place depuis Ormuz, de Jubail vers Yanbu sur la mer Rouge, débouche désormais sur un détroit sous contrôle. Deux chiffres disent pourquoi ce calme ne durera pas. Le coût de remplacement d’abord : une tonne d’urée livrée sur la côte atlantique revient à 535-540 €/t sans marge, donc au niveau du prix auquel elle s’achète aujourd’hui. Le contingent ensuite : au 11 septembre, il restait 567 kt sur les 890 kt que l’Union européenne peut importer sans droits de douane, et 150 à 200 kt sont déjà en route. Une fois ce contingent épuisé, un droit de 6,5 % s’applique à chaque tonne importée.
Solution azotée
La solution azotée prend encore 5 €/t et signe la plus forte progression du marché depuis le début de l’été. L’offre reste limitée et les cuves européennes sont moins remplies que l’an dernier. Rappel utile avant de comparer des prix à la tonne : avec un titre de 30 et des pertes à l’épandage, c’est la forme d’azote la plus chère à l’unité réellement valorisée, autour de 1,73 €. Ce qui se paie ici, c’est la souplesse d’apport et le matériel déjà en place.
Phosphore
Ni le DAP ni le TSP ne bougent cette semaine, et pour une raison peu réjouissante : la demande est quasi nulle. Dans plusieurs pays, les distributeurs estiment que les agriculteurs vont réduire fortement leurs apports de phosphore et de potasse, voire faire une impasse. Côté offre pourtant, rien ne se détend : le premier producteur saoudien de DAP a revu ses perspectives de production à la baisse, Bab el-Mandeb contraint désormais les mêmes routes et la Chine prolonge ses restrictions à l’exportation. Ces produits n’ouvrent droit à aucune aide, alors que c’est le poste que la trésorerie coupe en premier.
Soufre
Le sulfate d’ammoniaque ne bouge pas, à 370 €/t départ, malgré des arrivages chinois annoncés jusqu’à la mi-octobre. L’offre européenne, elle, se réduit : un producteur allemand placé en insolvabilité arrête sa production fin septembre, et l’ASN 26N + 37 SO₃ d’un producteur espagnol est vendu jusqu’en novembre, ses offres ayant été retirées le temps de réévaluer le coût de l’acide sulfurique et de l’ammoniac. Le sulfate est éligible à l’aide comme les autres azotés simples, et comme celle-ci se verse à la tonne de produit, c’est la forme qui en perçoit le plus à dose d’azote égale. À l’unité d’azote seule, le compte est différent : 21 points de titre à ce prix, cela fait environ 1,76 € l’unité, au-dessus de toutes les formes concentrées.
Potasse
Le chlorure de potasse reste à 370 €/t départ et les tarifs catalogue sont inchangés. La demande est quasi nulle, comme sur le phosphore. C’est la seule ligne de la fertilisation qui ne dépende ni du gaz, ni du soufre, ni des détroits.
Les recommandations de Julie
Deux détroits sous tension, un gaz au plus haut depuis 2023, et une aide qui se verse à la tonne quel que soit le produit acheté. Dans ce décor, une seule chose ne dépend ni d’une route maritime ni d’une annonce : ce que coûte réellement l’unité d’azote une fois épandue.
Sur ce critère, le STABUR est la forme d’azote la moins chère du marché : 1,30 € l’unité contre 1,51 € pour une urée nue, parce qu’il garde l’azote qu’une urée nue laisse partir dans l’air. Sur 180 unités, l’écart fait près de 38 € par hectare, soit l’équivalent de l’aide. Et contrairement à l’aide, il ne dépend d’aucun guichet et d’aucun détroit. Il est encore disponible aujourd’hui.
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