Préconisations de désherbage des céréales d'automne – Campagne 2026

  • Mis à jour : 09 Juillet 2026   |   Publié : 06 Juillet 2026
  • Céréales Désherbage Protection des plantes
  • Temps de lecture : 10 minutes
Préconisations de désherbage des céréales d'automne – Campagne 2026

Ce qu'il faut retenir :

  • Le flufénacet disparaît : AMM retirée au 10 décembre 2025, avec un délai d'utilisation jusqu'au 10 décembre 2026. Son absence se fera particulièrement sentir sur la problématique vulpin.
  • Les nouveaux produits reposent sur une recombinaison de substances actives connues (aclonifène, prosulfocarbe, DFF, pendiméthaline). La réussite passe par des programmes associant pré et post-levée, avec une vigilance réglementaire forte (DVP/ZNT, restrictions en sols drainés).
  • L'aclonifène devient un pilier, mais exige de la rigueur : lit de semences fin, semis régulier à 2-3 cm de profondeur, et un positionnement météo maîtrisé (une pluie légère utile, mais jamais avant de fortes pluies sous peine de phytotoxicité).
  • Le ray-grass étale ses levées (majoritairement à l'automne), tandis que le vulpin lève de façon groupée en octobre-novembre : le programme de pré et post-levée précoce doit couvrir la majorité des levées automnales.
  • Face au retrait des solutions chimiques, les leviers agronomiques deviennent incontournables : choix de variétés tolérantes au chlortoluron, désherbage mécanique (herse étrille, binage), glyphosate en pré-semis et vigilance sur les rotations à risque.

1. Préambule

Quelques rappels réglementaires et évolutions

  • Retrait du flufénacet : Retrait de l'AMM en France au 10 Décembre 2025 (décision européenne) avec un délai de vente jusqu'au 10 Juin 2026 et un délai d'utilisation jusqu'au 10 Décembre 2026.
  • Pendiméthaline : Période d'utilisation réduite (BBCH 13 à 25) selon les spécialités. ZNT de 50 m avec une DVP de 20m.
  • Chlortoluron : Plus aucune possibilité de désherbage sur sol drainé à l'automne avec cette matière active.
  • Nouveautés herbicides : Recombinaison des substances actives connues, produits à associer pour une bonne efficacité.
  • Projets à venir : Pas d'AMM d'ici 1-2 ans
    • BASF : Luximo
    • FMC : Isoflex
    • Triallate (ex Avadex)

2. Etat des lieux des matières actives restantes

Matière active Blé aut. 26 Blé Moyen terme OH et Blé dur aut. 26 OH et Blé dur Moyen terme
Flufénacet ⚠️ x   x  
Prosulfocarbe x x x x
Chlortoluron ⚠️ x x dose ? x x dose ?
Pendiméthaline x x x x
Aclonifen ⚠️ x x x x
DFF ⚠️ x dose/drainage ? x dose/drainage ?
Béflubutamide x x x x
Picolinafen x x x x
Triallate   x   x
Bixlozone *   x (27 ou 28 ?)   x (27 ou 28 ?)
Cynmethylin **   x (27 ou 28 ?)    
  • Substances Actives « pilier » sur ray-grass et vulpins.
  • SA à associer.
  • SA en cours d'homologation.
  • ⚠️ Interdictions ou restrictions en sols drainés pour certains produits commerciaux contenant ces substances actives.
  • * Isoflex® / ** Luximo®

Source Arvalis – Webinaire CAP Ouest 23/06/2026

3. Produits herbicides récemment homologués

Produits commercial Matières actives Cultures et dose homologuée Autorisé sol drainé ? DVP / ZNT
MATENO DUO Aclonifène 500 g/L + DFF 100 g/L Homologué OH, BTH et épeautre
Dose homologuée : 1.2L/ha
Non DVP 20 m
DUGARA / KUNTAO Aclonifène 475 g/L + DFF 105 g/L Homologué BTH, OH, Seigle, Triticale, Epeautre
Dose homologuée 0.7L/ha
Autorisé sol drainé < 45% argile DVP 5m. ZNT 20 m si dose > 0.35L
DEFI EVO / GUEPAR / QUANSON Prosulfocarbe 667 g/L + DFF 14 g/L. Homologué BTH, OH, Seigle, Triticale, Epeautre
Dose homologuée 3 L/ha
Autorisé en sol drainé < 45% d'argile DVP 5 m
BOZENO / BARBORY / HARNIKO Aclonifène 600 g/L Homologué BTH, OH et Seigle
Dose homologuée 1.35L/ha
Autorisé sol drainé DVP 20 m

a) Rappels sur les risques de phytotoxicité des diverses matières actives

  • Prosulfocarbe : Agressif sur les grains en surface. Risque de dé-positionnement dans les sols filtrants en cas de fortes pluies.
  • Pendiméthaline : Matière active avec une mobilité plus forte. Risque de phytotoxicité dans le cas ou un sillon est créé au-dessus du grain.
  • Chlortoluron : Matière active la moins agressive mais contraintes pour les variétés en blé et DVP. Interdit en sol drainé.

b) Recommandations sur l'utilisation de l'aclonifène

L'aclonifène est une molécule de contact qui agit en formant un « film » herbicide à la surface du sol. L'adventice s'intoxique en traversant cette barrière lors de sa levée (absorption par le coléoptile). Pour maximiser l'efficacité tout en limitant les risques de phytotoxicité sur la céréale, plusieurs règles de décision s'imposent :

La préparation du lit de semences : Le sol doit être impérativement fin, nivelé et régulier. La présence excessive de grosses mottes crée des « zones d'ombre » non traitées où les ray-grass ou vulpins pourront lever sans toucher la molécule.

La profondeur et la régularité du semis : C'est le point critique pour la sécurité de la culture. Le blé ou l'orge doit être semé de manière régulière à une profondeur minimale de 2 à 3 cm, et les graines doivent être parfaitement recouvertes. Un semis trop superficiel expose directement le coléoptile de la céréale au film herbicide, ce qui déclenche des phytotoxicités.

Pluviométrie : le curseur délicat entre efficacité et risque de phytotoxicité

L'aclonifène est une molécule dont l'activité est entièrement conditionnée par l'eau, ce qui rend son positionnement météo particulièrement stratégique :

  • Une pluie de positionnement nécessaire : Pour s'activer et créer un film homogène à la surface du sol, l'aclonifène a besoin d'une humidité résiduelle ou d'une pluie légère (environ 10 à 15 mm) dans les jours qui suivent l'application. En conditions de sécheresse prolongée après le semis, le produit reste bloqué en surface et son efficacité sur les coléoptiles de ray-grass ou de vulpins sera fortement dégradée.
  • Le piège des pluies battantes (Retour terrain) : C'est le scénario à haut risque. Lors des premières années d'utilisation, des parcelles entières ont été littéralement « rectifiées » (phytotoxicités graves, retards de végétation marqués ou retours de cultures) à cause de fortes précipitations survenues immédiatement après l'application. Lorsque des pluies violentes tombent sur un sol fraîchement traité, l'eau déplace la molécule verticalement. Si le semis est un peu superficiel ou si la ligne de semis est mal refermée, l'aclonifène est « entonné » directement au niveau de la graine ou du jeune coléoptile de la céréale. La barrière de sécurité est rompue et la sélectivité est détruite.

Le conseil pratique : Consultez impérativement les prévisions météo avant de traiter. On recherchera une météo idéalement fraîche avec une hygrométrie élevée et de petites pluies régulières à venir. En revanche, l'aclonifène ne pardonne pas les excès : il faut absolument s'abstenir de positionner le produit la veille d'un épisode orageux ou de fortes précipitations annoncées. Mieux vaut décaler l'intervention plutôt que de risquer de détruire sa parcelle.

4. Biologie du raygrass

En résumé d'après les dernières études, les tendances sont les suivantes :

Pied de ray-grass portant de nombreux épis (Normandie)
Pied de ray-grass portant de nombreux épis (Normandie).

Une levée massive à l'automne entre Octobre et Novembre accompagnée de quelques levées hivernales tardives sur décembre et janvier avant un pic plus faible de relevées en mars/avril.

Aujourd'hui, les raygrass que vous observez sur vos parcelles proviennent majoritairement de levées non contrôlées à l'automne ou en hiver.

Les études montrent que les levées de décembre montent à graines et font plusieurs épis. Les levées de janvier et février produisent des épis dans 75% des cas mais avec peu d'épis. Tandis que les levées passées la mi-février sont rarement montées à épi.

Exemple un raygrass sorti en octobre novembre peut produire beaucoup d'épi (exemple avec un pied ayant 137 épis en Normandie).

Source Arvalis – Webinaire CAP Ouest 23/06/2026

C'est pourquoi, il est important de bien positionner le programme de pré et de post levée pour couvrir la majorité des levées automnales. En ce qui concerne les levées plus tardives seul un décalage de la date de semis aura un effet significatif. Il faudra sinon mobiliser tous les autres leviers agronomiques disponibles.

Dynamiques de levées de Ray grass en situation non desherbée à l'automne 2024-2026
Source Arvalis – Webinaire CAP Ouest 23/06/2026

Viabilité des graines : une course contre la montre

Au-delà du nombre d'épis produits, la question de la maturité des semences est cruciale pour anticiper le salissement futur des parcelles. Des essais basés sur trois dates de prélèvements révèlent que les graines acquièrent leur pouvoir germinatif très tôt. Lors de passages d'écimage précoces, réalisés entre le stade « 2 nœuds » et l'épiaison de la céréale, 20 à 30 % des graines de ray-grass sont déjà viables. À ce stade, faire tomber la coupe au sol revient donc à semer la future infestation : l'exportation et la récupération des résidus de fauche sont indispensables pour nettoyer efficacement la parcelle. Si l'on attend la maturité de la culture, juste avant la récolte, la situation s'aggrave logiquement puisque le taux de viabilité des graines grimpe alors à 44 %.

Dynamiques de levées de Ray grass en situation desherbée à l'automne 2026
Source Arvalis – Webinaire CAP Ouest 23/06/2026

5. Biologie du vulpin

Si le ray-grass étale ses levées tout au long de l'hiver, le comportement du vulpin est bien plus exclusif. Les dernières données techniques confirment que sa germination est ultra-majoritairement condensée à l'automne, avec un pic massif concentré entre octobre et novembre. Des émergences tardives peuvent parfois être observées en février ou mars, mais ce phénomène reste très minoritaire et beaucoup moins généralisé que chez le ray-grass. Ce profil de levée "groupée" fait la force et la faiblesse de l'adventice. Sa sensibilité se joue dès le départ : le contrôle du vulpin repose presque intégralement sur la réussite du programme herbicide de prélevée et de post-levée précoce ainsi que la mobilisation de divers leviers agronomiques comme le décalage de la date de semis et la rotation des cultures.

Dynamiques de levées de Vulpin en situation non desherbée à l'automne 2022-2026
Source Arvalis – Webinaire CAP Ouest 23/06/2026

6. Programme de désherbage Céréales

a) Problématique vulpin

C'est sur cette problématique spécifique que le flufénacet manquera particulièrement.

  • Sur sols drainés : Les restrictions réglementaires limitent fortement les choix. En cas de forte infestation, la seule stratégie efficace repose sur un programme double (Pré + Post) :
    • Prélevée : Aclonifène solo + Pendiméthaline (vigilance réglementaire : Distance de Sécurité Riverains / DVP de 20 m).
    • Post-levée : Rattrapage avec Prosulfocarbe + DFF.
    • Coût estimé : Environ 119 €/ha.
  • Sur sols non drainés : La panoplie de solutions est plus large grâce à l'autorisation du chlortoluron en post-levée pour sécuriser les rattrapages. En prélevée, plusieurs options combinées sont possibles :
    • Mateno Duo renforcé par du prosulfocarbe ou de la pendiméthaline (seule ou en association).
    • Une association Prosulfocarbe + Pendiméthaline. Attention toutefois au respect de la DVP de 20 m selon les spécialités.
    • Coût estimé : Comptez entre 130 et 150 €/ha (pré + post levée).

b) Problématique raygrass

  • Sur sols drainés : Le schéma technique reste identique à celui du vulpin. Gardez cependant en tête que la pendiméthaline n'apporte qu'un très faible complément d'efficacité sur le ray-grass.
  • Sur sols non drainés : La stratégie se construit en deux temps :
    • En prélevée : Choisissez une base aclonifène (seule ou associée) complétée par du prosulfocarbe ou de la pendiméthaline. Une base prosulfocarbe + DFF + pendiméthaline (type Codix) est également performante.
    • En post-levée : Selon l'historique de votre prélevée, le rattrapage s'orientera vers du chlortoluron ou du prosulfocarbe.
    • Coût estimé : Prévoyez environ 80 à 90 €/ha pour la prélevée, et un surcoût de 40 à 50 €/ha pour la post-levée.

7. Levier variétal et agronomie : les piliers de demain

Face au rétrécissement des solutions chimiques, l'agronomie doit prendre le relais pour maintenir de bons niveaux d'efficacité.

a) Le choix de la variété de blé : le premier rempart

Sur vos parcelles non drainées, la décision d'appliquer du chlortoluron en post-levée ne doit pas se faire au détriment de la culture. Il est impératif d'implanter des variétés de blé tendre tolérantes au chlortoluron pour s'ouvrir cette possibilité de rattrapage en toute sécurité.

b) L'incontournable du désherbage mécanique

  • La herse étrille à l'aveugle : Réalisée en prélevée de la culture, cette intervention mécanique peut obtenir une efficacité équivalente, voire supérieure, à un traitement chimique classique.
  • Le binage en sortie d'hiver : Ce levier permet de gagner 20 à 25 points d'efficacité supplémentaires, pour un coût de passage évalué entre 40 et 60 €/ha sur blé. Cette technique demande d'anticiper dès le semis en modifiant l'écartement des rangs, et de privilégier des sols bénéficiant d'une bonne capacité de ressuyage au moment de l'intervention.

c) Nettoyer avant d'implanter

Sur les parcelles fortement infestées, l'utilisation du glyphosate en pré-semis reste incontournable pour faire place nette et garantir l'efficacité des programmes herbicides qui suivront.

Par ailleurs, on veillera en cas de travail du sol, à avoir une régularité sur le recouvrement des adventices présentes afin d'éviter tout effet parapluie et ou de repiquage.

d) Rotation : attention aux successions à risques

Pour les orges d'hiver et les céréales secondaires, la vigilance doit être maximale. Si vos parcelles de premières céréales (récoltes 2026 ou 2027) s'avèrent sales, abandonnez immédiatement l'idée d'y implanter une seconde céréale à la suite. Sans le flufénacet, la pression des graminées adventices deviendra rapidement ingérable par la seule voie chimique.


  • Astrid Mordon Astrid Mordon, Astrid Agri Conseil
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