À l’approche des élections municipales de 2026, le mouvement Terre de Liens a dévoilé un ensemble de recommandations directement adressées aux futurs élus locaux. L’objectif : replacer la question agricole au cœur de l’action territoriale et rappeler que les communes jouent un rôle déterminant dans la préservation des terres nourricières. Pour les agriculteurs comme pour les acteurs de la filière agroalimentaire, ce positionnement est stratégique. Il touche au foncier, à l’installation, aux circuits courts, à l’eau et à la lutte contre la précarité alimentaire. Autant de sujets qui font aujourd’hui la réalité quotidienne de l’agriculture française.
Dans cet article, Agryco décrypte les cinq mesures phares proposées par Terre de Liens et analyse leur impact potentiel pour les exploitants et les territoires ruraux.
1. Soutenir l’installation agricole : le nerf de la souveraineté alimentaire
La première mesure concerne directement la continuité du tissu agricole français : faciliter l’installation de nouvelles générations. Depuis 1988, la France a perdu plus de 60 % de ses fermes, un chiffre alarmant qui menace sa capacité à produire localement. Terre de Liens appelle les communes à intervenir activement :
- mobiliser des terres communales pour installer des porteurs de projets ;
- accompagner les transmissions entre cédants et repreneurs ;
- faciliter la mise en relation via des dispositifs locaux (foncier, bâtiments, équipements partagés) ;
- intégrer l’installation agricole dans les documents de planification (PLU, SCOT).
Pour les agriculteurs, cette mesure ouvre de nouvelles opportunités dans les territoires où le foncier est rare ou en tension. Les collectivités pourraient devenir de véritables actrices de l’installation, au-delà de la simple gestion de l’urbanisme.
2. Protéger les terres agricoles : un enjeu vital face à l’artificialisation
La deuxième mesure vise à stopper l’érosion rapide du foncier agricole. Chaque année, l’équivalent d’un département de terres agricoles disparaît en France, en grande partie sous l’effet de l’artificialisation (zones d’activité, entrepôts, logements, infrastructures).
Terre de Liens propose que les communes :
- sécurisent les zones agricoles dans leurs documents d’urbanisme ;
- empêchent la conversion de terres cultivables en zones constructibles ;
- acquièrent du foncier dès que possible, notamment via préemption, puis le mettent à disposition d’agriculteurs ;
- encouragent les pratiques agricoles régénératrices pour préserver la qualité des sols.
Pour les exploitants, cette mesure pourrait limiter la pression foncière, stabiliser le coût des terres et réduire les conflits d’usage. C’est aussi un pas vers une stratégie nationale de souveraineté alimentaire pensée à partir des territoires.
3. Préserver les ressources en eau : un impératif agricole et territorial
L’accès à l’eau et la qualité des ressources hydriques sont devenus des préoccupations majeures, tant pour les agriculteurs que pour les élus locaux. Terre de Liens encourage les communes à :
- protéger les zones de captage ;
- favoriser les pratiques agricoles économes en eau ;
- soutenir les initiatives locales de stockage, de réutilisation ou de sobriété ;
- renforcer les dispositifs de prévention contre les pollutions.
Pour les exploitants agricoles, cela signifie des partenariats locaux plus forts, notamment pour concilier besoins agricoles, besoins de la population et préservation des milieux naturels. Dans de nombreux territoires, les élus devront arbitrer sur les usages de l’eau — d’où l’importance d’un dialogue structuré avec les filières.
4. Relocaliser la production : circuits courts, bio et autonomie alimentaire
La quatrième mesure encourage les communes à devenir actrices de la structuration des circuits courts. L’idée : favoriser une production locale résiliente, moins dépendante des importations et plus proche des consommateurs.
Terre de Liens propose aux collectivités de :
- soutenir les producteurs bio ou agroécologiques ;
- intégrer des produits locaux dans la restauration collective (écoles, EHPAD, cantines) ;
- faciliter l’accès au foncier pour les maraîchers, éleveurs et arboriculteurs de proximité ;
- développer les infrastructures logistiques locales : halles paysannes, plateformes, transport mutualisé.
Pour les agriculteurs, cela se traduit par un accès facilité à des débouchés stables, notamment via la commande publique. C’est aussi un levier puissant pour diversifier ou consolider les revenus, à condition que les collectivités s’engagent dans la durée.
5. Lutter contre la précarité alimentaire : repenser l’accès à l’alimentation
Les communes sont de plus en plus confrontées à la précarité alimentaire. Terre de Liens recommande des mesures qui relient solidarité, agriculture locale et justice sociale :
- renforcer les dispositifs d’aide alimentaire locale ;
- former des partenariats avec producteurs, associations et sociétés coopératives ;
- rendre l’alimentation saine accessible à tous ;
- réduire la dépendance aux produits importés de faible qualité.
Cette approche relie directement soutien à la production locale et équité alimentaire. Pour les agriculteurs, cela signifie de nouvelles passerelles : marchés solidaires, paniers subventionnés, coopérations avec les collectivités.
Pourquoi ces mesures concernent aussi les exploitants agricoles
Pour les agriculteurs, ce plan municipal présente plusieurs avantages stratégiques :
- Un cadre politique favorable à l’agriculture : les municipales 2026 peuvent définir les priorités locales pour les six à dix prochaines années.
- Une meilleure protection du foncier : des décisions locales peuvent sécuriser des terres d’exploitation menacées.
- Des débouchés commerciaux stables grâce aux circuits courts et à la commande publique.
- Une meilleure visibilité du métier d’agriculteur dans les débats territoriaux.
- Des opportunités d’installation ou d’agrandissement via la mise à disposition de terres publiques.
Ces mesures montrent que la souveraineté alimentaire ne dépend pas seulement de la PAC ou du gouvernement, mais bien aussi de l’échelon communal.
Ce qu’il faut retenir
- Terre de Liens lance un appel clair aux communes : l’agriculture et l’alimentation doivent devenir des axes prioritaires des politiques municipales 2026.
- Les cinq mesures proposées abordent les enjeux essentiels : installation, foncier, eau, circuits courts, précarité alimentaire.
- Pour les agriculteurs, ce programme peut ouvrir de nouveaux leviers : accès au foncier, sécurisation de débouchés, reconnaissance locale et partenariats avec les collectivités.
- Pour les territoires, ces mesures sont l’occasion de repenser leur autonomie alimentaire et leur résilience face aux crises.
- Pour Agryco et son écosystème, cette initiative confirme des tendances de fond : territorialisation des politiques alimentaires, montée en puissance des circuits courts et importance stratégique du foncier agricole.