Actu des engrais du 7 octobre 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
L’urée se calme, le reste se tend. Pause sur l’urée après six semaines de hausse ; le gaz tient les autres azotés.
Après six semaines de hausse quasi continue, l’urée marque une pause. À La Pallice, elle s’ajuste légèrement, de 550 à 540 €/t départ, avec le retour de volumes chinois à l’export et un appel d’offres indien qui fixera, ce mercredi, un nouveau repère de prix mondial. Le contraste avec le reste de la gamme est net : l’ammonitrate se maintient à des niveaux élevés, 570 €/t franco pour le 33,5 et 435 €/t franco pour le 27, et la solution azotée prend encore 5 €/t, à 450 €/t départ. Autrement dit, sur l’urée, la pression à la hausse s’est relâchée ; sur le reste de la gamme, elle demeure.
Il serait trompeur d’y voir un retournement. Le gaz européen repart dans l’autre sens et reprend près de 10 % sur la semaine. Or c’est lui qui fait l’essentiel du coût de fabrication de l’ammonitrate et de la solution azotée en Europe : sa remontée remet de la pression sur les usines et limite la capacité de ces produits à suivre rapidement l’urée, dont le prix se fait d’abord à l’échelle mondiale. Pour l’instant, le calme reste une affaire d’urée.
Côté exploitations, la semaine a été très calme : peu d’achats et beaucoup d’attentisme. Ce léger repli de l’urée pourrait même inciter certains acheteurs à patienter encore, pour voir s’il se prolonge. Un ajustement de 10 €/t ne dit pourtant pas encore la direction du marché ; et sur les autres azotés, le gaz joue aujourd’hui dans le sens inverse. Chacun appréciera selon sa trésorerie et son calendrier d’apports.
Un autre élément est à suivre, du côté des grains cette fois. Les discussions entre Washington et Moscou ne portent plus seulement sur l’Ukraine : elles commencent à intégrer des sujets économiques et énergétiques. Si elles débouchaient sur un véritable apaisement, le risque sur les exportations de la mer Noire diminuerait et le blé pourrait reculer. Paradoxe : une bonne nouvelle géopolitique pèserait davantage sur le prix du grain que sur celui de l’azote, et dégraderait encore le rapport entre ce que rapporte la récolte et ce que coûte la fertilisation.
L’aide FranceAgriMer reste ouverte jusqu’au 31 décembre. Retrouvez notre outil de calcul pour déterminer votre niveau d’éligibilité.
Repères cultures (prix indicatifs)
Le maïs reprend 3 €/t et le colza 2 €/t ; le blé ne bouge pas. Le pouvoir d’achat en azote cesse de se dégrader face à l’urée, mais pas face aux autres azotés.
À retenir :
- L’urée marque une pause après six semaines de hausse : 540 €/t départ La Pallice (−10 €/t).
- Les autres azotés restent tendus : ammonitrates stables à haut niveau, solution azotée +5 €/t.
- Le gaz reprend près de 10 % et freine toute baisse rapide des autres azotés.
- Un apaisement Russie–Ukraine ferait sans doute baisser le blé plus vite que l’azote.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
L’ammonitrate ne bouge pas : 570 €/t franco pour le 33,5, 435 €/t franco pour le 27. Le calme de l’urée ne s’y transmet pas, et ce n’est pas surprenant. Les producteurs ont bien avancé leurs ventes ces dernières semaines et n’ont guère de raison de baisser sur un marché peu animé ; surtout, la remontée du gaz renchérit de nouveau leur coût de fabrication. Pour que l’ammonitrate suive, il faudrait une détente durable du gaz ou un vrai creux de demande. À l’unité d’azote, en ramenant les deux produits sur une base départ, le 27 revient à environ 1,56 € et le 33,5 à 1,66 €.
Urée
L’urée s’ajuste de 10 €/t, à 540 €/t départ La Pallice, après six semaines de hausse quasi continue : davantage une pause qu’une baisse. Deux éléments la calment. La Chine a remis des volumes sur le marché export, et l’Inde, qui cherche 1,7 million de tonnes, ouvre les offres de prix de son appel d’offres ce mercredi 7 octobre ; le résultat servira de repère mondial pour la fin d’année, dans un sens comme dans l’autre. Un ajustement isolé ne fait pas une tendance, mais il montre que le marché de l’urée n’est plus à sens unique. À l’unité d’azote réellement valorisée, l’urée nue revient autour de 1,47 €, devant les ammonitrates ; c’est aussi le produit sur lequel les pertes à l’épandage pèsent le plus, d’où l’intérêt des urées inhibées. Sur l’urée, le prix peut désormais bouger dans les deux sens, et l’écart avec les autres azotés s’élargit en sa faveur.
Solution azotée
La solution azotée prend encore 5 €/t, à 450 €/t départ, à rebours de l’urée : en une semaine, l’écart entre les deux produits s’est élargi de 15 €/t. L’offre reste courte et son coût suit de près celui de l’ammoniac, donc du gaz. Avec son titre de 30 et les pertes à l’épandage, elle reste la plus chère à l’unité d’azote, autour de 1,76 € : son intérêt tient à la souplesse d’apport et au matériel déjà en place. Pour les exploitations équipées, la question tient donc moins au prix de la semaine qu’à la disponibilité au moment des apports de sortie d’hiver.
Phosphore
Le phosphore bouge enfin, et à la baisse : le DAP perd 15 €/t, à 880 €/t départ, et le TSP 25 €/t, à 670 €/t départ, sur une demande française toujours très faible. Un sujet réglementaire pourrait toutefois peser à moyen terme. Le Gouvernement prévoit d’abaisser progressivement la teneur maximale en cadmium des engrais phosphatés : 60 mg/kg de P₂O₅ dès 2027, puis par paliers jusqu’à 20 mg. La France important la totalité de son phosphore minéral, cette contrainte réduira le nombre d’origines disponibles et pourrait soutenir le prix de certains engrais phosphatés. Paradoxe : au moment où l’Europe cherche à réduire ses dépendances russes, les phosphates naturellement pauvres en cadmium, dont certaines origines russes, deviennent plus recherchés ; une tension que le Parlement européen soulignait cet été.
Soufre
Le sulfate d’ammoniaque reste à 370 €/t départ. Le point d’attention relevé la semaine dernière demeure, sans traduction dans les prix à ce stade : les prochains arrivages de soufre supporteront davantage les droits de douane et le mécanisme carbone aux frontières. Le soufre reste moins visible que l’azote, mais c’est un poste sur lequel la disponibilité pourrait se resserrer au fil de l’automne, au moment où se préparent les apports soufrés de sortie d’hiver sur colza et céréales.
Potasse
Le chlorure de potasse prend 5 €/t, à 375 €/t départ, sur une demande toujours faible. Le mouvement reste modeste ; il rappelle que la potasse suit son propre marché, mondial et très concentré, sans lien direct avec le gaz ni avec les azotés. Pour qui raisonne son fond de fertilisation, le contraste de la semaine est net : le phosphore se détend quand la potasse se raffermit légèrement. Depuis le printemps, c’est d’ailleurs l’élément dont le prix a le moins varié, loin des à-coups de l’azote et du phosphore.
Les recommandations de Julie
Chaque passage compte
Le gazole non routier est cher, et rien n’indique qu’il redescendra vite. Il n’apparaît pas sur la facture d’engrais, mais il se paie à chaque tonne transportée, à chaque remplissage d’épandeur, à chaque tour de plaine. Dans ce contexte, l’engrais le plus économique n’est plus seulement celui qui coûte le moins à la tonne : c’est celui qui demande le moins de tonnes et le moins de passages.
Deux familles de produits y gagnent. Les plus concentrés d’abord : avec 46 unités d’azote par tonne, le STABUR en apporte près d’une fois et demie plus qu’un ammonitrate 33,5, et son inhibiteur limite les pertes après l’épandage ; pour une même dose, il y a moins à charger, à transporter et à épandre. Ensuite, les produits qui apportent plusieurs éléments en un seul passage, azote et soufre au printemps, ou NPK pour le fond : un passage évité, c’est du gazole, du temps et du tassement en moins.
Reste le calendrier. L’aide FranceAgriMer couvre les achats d’azotés simples facturés jusqu’au 31 décembre, dans la limite d’une enveloppe servie dans l’ordre d’arrivée des dossiers complets ; les achats réalisés d’ici la fin de l’année sont donc les derniers à en bénéficier. Le STABUR est disponible dès maintenant chez Agryco.
Pour les azotés minéraux, retrouvez notre outil de calcul pour déterminer votre niveau d’éligibilité à l’aide FranceAgriMer.