Actu des engrais du 26 août 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
La rentrée arrive, l’urée est repartie. Gaz au plus haut depuis 2023, couverture en retard : le décor a durci pendant l’été.
Trois semaines de congés ont donné l’impression d’un marché à l’arrêt, et pour les affaires c’est exact : il ne s’est presque rien traité en France depuis le début du mois. Deux choses ont pourtant bougé pendant ce temps, et elles vont dans le même sens. L’urée, qui avait rendu 50 €/t en quinze jours, reprend 5 €/t à 495 €/t départ La Pallice, et surtout elle se vend de nouveau à ce prix. L’ammonitrate 27 gagne 10 €/t, à 420 €/t vrac franco. La fenêtre d’achat ouverte fin juillet sur les uréiques aura donc duré une quinzaine de jours.
Le rebond vient du Brésil, dont les importateurs se positionnent avant leur campagne de septembre à décembre. L’appel d’offres indien, lui, a été attribué : 1,7 million de tonnes emportées sans véritable négociation, mais en retenant surtout de l’urée prillée. Les tonnes granulées qui visaient ce débouché doivent maintenant trouver un autre chemin, et il n’y en a qu’un à cette période de l’année. C’est donc au Brésil que se décidera le prix de l’automne, entre une demande réelle et un excédent de tonnes qui cherche un port. Ce n’est pas encore un marché qui repart à la hausse ; c’est un marché qui a retrouvé un acheteur au moment où il n’en avait plus.
Autour, rien ne bouge, mais plus du tout pour les mêmes raisons qu’en juillet. Le gaz européen se traite au plus haut depuis janvier 2023, avec des stockages à 62 % de remplissage, soit le niveau saisonnier le plus bas jamais enregistré ; à Ormuz, les discussions sont interrompues et le trafic reste quasi nul. Dans ce décor, ni l’ammonitrate, ni la solution azotée, ni le soufre n’ont de marge de baisse. Et les taux de couverture en azote restent nettement en dessous de ce qu’ils sont habituellement fin août : le marché aborde la rentrée avec du retard à rattraper.
Repères cultures (prix indicatifs)
Le maïs inscrit un nouveau plus haut sur l’échéance de novembre, sans être un record absolu : la baisse de production européenne est désormais actée, les notations françaises sont tombées à 29 % de bons à très bons contre 62 % l’an dernier, et le Conseil international des céréales a de nouveau revu la récolte mondiale en baisse. Le blé suit, porté par une mer Noire où les chargements russes d’août sont attendus au plus bas depuis seize ans. Le colza recule seul, rattrapé par les huiles européennes et un canola détendu. En toile de fond, les prévisionnistes américains donnent plus de 90 % de probabilité à un El Niño très fort cet automne, avec un risque documenté sur le blé australien et le riz asiatique, et à l’inverse des pluies plutôt favorables en Argentine.
À retenir :
- L’urée reprend 5 €/t, à 495 €/t départ La Pallice, et retrouve des acheteurs à ce niveau : la fenêtre ouverte fin juillet aura duré une quinzaine de jours.
- L’ammonitrate 27 passe à 420 €/t vrac franco ; le 33,5 reste à 540 €/t vrac franco, le reste de la gamme est inchangé.
- Gaz européen au plus haut depuis janvier 2023 et stockages au plus bas niveau saisonnier jamais enregistré : aucun facteur de baisse sur les azotés produits en Europe.
- Les factures d’azotés simples doivent être établies et payées avant le 30 septembre pour ouvrir droit à l’aide : il reste cinq semaines.
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Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Le 33,5 ne bouge pas, le 27 reprend 10 €/t. Le mouvement est modeste mais il dit l’essentiel : avec un gaz au plus haut depuis trois ans, les producteurs européens n’ont aucune raison de descendre, et le rebond de l’urée vient de leur retirer la seule pression qui s’exerçait sur eux. Leurs ventes restent bien avancées, ce qui leur laisse du temps. La demande qui reviendra en septembre trouvera donc en face une offre qui n’a rien cédé pendant l’été, et un écart de coût à l’unité d’azote avec l’urée qui s’est refermé d’une partie de ce qu’il avait gagné en juillet.
Urée
Après deux baisses consécutives, l’urée reprend 5 €/t et, surtout, trouve preneur à ce niveau, ce qui n’était plus le cas il y a quinze jours. Le moteur est brésilien. L’Inde a bouclé son appel d’offres de 1,7 million de tonnes sans avoir eu à négocier, ce qui a retiré du marché un volume considérable, mais elle a retenu surtout du produit prillé : le granulé, celui qui alimente l’Europe et l’Amérique du Sud, reste à placer. Les deux forces sont donc contraires et le prix de l’automne se jouera sur la campagne brésilienne. À court terme, la tendance baissière du début du mois est interrompue.
Solution azotée
Aucune demande, et aucune baisse pour autant. Les volumes disponibles restent limités et les producteurs savent qu’ils tiennent la campagne : le potentiel de repli est faible et le risque de tension sur la disponibilité en cours de saison n’a pas disparu. La campagne accuse un retard important sur ce produit, retard qui finira par se traduire soit en prix, soit en délais au moment des apports. Il faut aussi rappeler que la solution azotée reste, en coût à l’unité d’azote réellement valorisée, la forme la plus chère de la gamme : son titre de 30 et ses pertes à l’épandage pèsent lourd. Ce qui se paie ici, c’est la souplesse d’apport et le matériel déjà en place, pas le prix de l’unité.
Phosphore
Rien ne bouge, et rien ne peut bouger. Le soufre, premier poste de coût derrière le phosphate, se paie plus de trois fois et demie son niveau d’il y a un an, avec un embargo russe à l’export reconduit jusqu’à la fin 2026 et des contrôles turcs sur les mêmes flux. La Chine a par ailleurs prolongé ses restrictions à l’export sur le DAP et le MAP. Le prix reste donc trop élevé pour intéresser les acheteurs, et trop contraint par les coûts pour redescendre. Les fabricants tournent sur des commandes déjà signées et n’ont pas de raison de brader ; les acheteurs, eux, reportent. C’est le poste de fertilisation le plus facile à décaler d’une campagne, et c’est probablement ce qui se produira si les grains ne se redressent pas.
Soufre
Inchangé, sans perspective de détente à court terme. Près de la moitié du soufre transporté par voie maritime dans le monde passe par Ormuz, où le trafic est de nouveau quasi nul depuis l’arrêt des discussions. S’y ajoute le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui renchérit l’origine chinoise, largement majoritaire sur ce produit. Viennent s’y greffer l’embargo russe et les restrictions turques à l’export, qui ont retiré du marché deux sources d’appoint importantes. Le sulfate d’ammoniaque reste néanmoins la façon la plus simple d’apporter du soufre en même temps que l’azote, et il figure bien dans la liste des engrais éligibles à l’aide.
Potasse
Toujours 355 €/t départ, sans mouvement depuis plusieurs semaines. La potasse est le seul élément de la fertilisation qui ne dépende ni du gaz ni du soufre, et cela se voit dans sa stabilité : l’offre est correcte, les besoins sont planifiés, et les affaires se traitent au fil de l’eau sans à-coups. C’est aussi ce qui en fait, avec le phosphore, la variable d’ajustement des budgets d’automne si les grains ne suivent pas, alors même que ce sont les deux postes qui se rattrapent le moins bien l’année suivante.
Les recommandations de Julie
Il y a quinze jours, cette rubrique signalait qu’une fenêtre s’ouvrait sur les engrais uréiques. Elle s’est refermée cette semaine. Entre le point haut de juillet et le point bas de la semaine dernière, l’urée avait rendu 50 €/t : sur 100 tonnes, cela représentait 5 000 €, soit exactement ce que rapporte l’aide au taux de base sur le même volume. Deux leviers de même poids, mais pas de même nature : l’un s’ouvre et se referme sans prévenir, l’autre a une date, le 30 septembre, et une enveloppe qui se vide au fil des dossiers déposés.
Un troisième levier, moins visible, n’a pas bougé pendant tout ce temps. Sur une urée nue à 495 €/t départ, une volatilisation de 20 % représente une centaine d’euros par tonne qui ne rejoindra jamais la plante, soit le double de l’aide de base. Ramener ces pertes à 7 %, ce que permet une urée inhibée, en récupère environ 65 €/t. C’est la raison pour laquelle le STABUR affiche le coût à l’unité d’azote le plus bas de la gamme azotée, devant l’urée nue et les ammonitrates, et loin devant la solution azotée, pénalisée à la fois par son titre et par ses pertes.
Reste le calendrier, et c’est sans doute le point le plus parlant de cette rentrée. Les taux de couverture en azote sont nettement en retard sur une fin août normale, et ce retard devra se rattraper dans un décor qui s’est durci pendant l’été : gaz au plus haut depuis trois ans, stockages européens au plus bas jamais enregistré à cette date, Ormuz refermé aux discussions. Chacun appréciera selon sa trésorerie, son assolement et ses besoins réels ; il reste qu’un retard collectif de campagne se solde rarement par des prix plus calmes en octobre.
Retrouvez notre outil de calcul pour déterminer votre niveau d’éligibilité à l’aide FranceAgriMer.