Actu des engrais du 29 juillet 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
La hausse continue, le moteur cale. Frappes en pause, blé et gaz en repli ; l'azote n'a pas encore réagi.
La semaine s'est jouée en deux temps. Jusqu'à jeudi, rien n'avait changé : l'azote a continué de monter, dans le sillage d'un gaz européen repassé au-dessus de 60 €/MWh et de grains toujours tendus. Puis tout s'est retourné en quarante-huit heures. Vendredi, le blé a reperdu plus de 10 €/t sur une rumeur de sécurisation des exportations par Odessa aussitôt démentie par Kiev. Le week-end, les frappes américaines sur l'Iran se sont arrêtées après treize nuits consécutives, et Téhéran a suspendu ses répliques ; des discussions se poursuivent par l'intermédiaire d'Oman sur le détroit d'Ormuz. Le gaz a reflué, autour de 58 €/MWh lundi.
L'azote, lui, n'a pas encore réagi, et c'est tout l'enjeu de la semaine qui s'ouvre. Les prix affichés restent ceux d'un marché qui montait encore vendredi. La mécanique de fond n'a pas disparu, un gaz durablement cher et une demande mondiale intacte, mais la prime de guerre qui s'y ajoutait depuis trois semaines vient de se dégonfler d'un cran. Le rythme le dit déjà : l'urée gagnait environ 10 €/t par jour la semaine passée, elle n'a pris que 5 €/t sur toute la semaine.
La suite se joue à Washington, où Benyamin Netanyahou est reçu par Donald Trump. Deux issues restent sur la table : un cessez-le-feu porté par la médiation qatarie et visant la réouverture d'Ormuz, ou la reprise d'une campagne militaire élargie. Le blocus naval américain reste en place et le statut du détroit est inchangé. Rien n'est acquis : la pause peut devenir un plancher comme elle peut n'avoir été qu'une respiration.
Une dernière chose, qui n'est pas de marché. Les incendies de Gironde et des Landes ont parcouru environ 42 000 hectares et conduit à l'évacuation de plus de 250 000 personnes ; le feu n'est toujours pas stabilisé et des agriculteurs se sont mobilisés en appui des secours. Nos pensées vont à tous ceux qui sont touchés. La logistique du Sud-Ouest est également atteinte : l'A63 a été fermée sur une soixantaine de kilomètres entre Bordeaux et le Pays basque et le trafic ferroviaire est interrompu au sud de Bordeaux, ce qui ralentit les flux qui remontent de Bayonne et les livraisons vers les Landes et la Gironde.
Repères cultures (prix indicatifs)
Le blé a rendu une partie de son envolée en fin de semaine ; à 230 €/t, il reste très au-dessus de son niveau de début juillet. Le maïs poursuit sa hausse. Le colza bute à 550 €/t, exactement sur son plafond de 2024. La séance de vendredi rappelle qu'une prime géopolitique se reprend aussi vite qu'elle se donne.
À retenir :
- Deux temps dans la semaine : hausse jusqu'à jeudi, puis retournement des moteurs ; blé à −4,2 % vendredi, gaz revenu vers 58 €/MWh, frappes en pause depuis samedi et rencontre Trump-Netanyahou mardi.
- L'azote n'a pas suivi : ammonitrate 33,5 à 525 €/t franco, 27 à 410 €/t franco, urée à 540 €/t départ, solution azotée à 430 €/t départ. L'urée ne gagne plus que 5 €/t sur la semaine, contre 10 €/t par jour la semaine passée.
- Aide engrais : la décision FranceAgriMer est publiée. Guichet du 1er août au 6 novembre 14 h, dans l'ordre d'arrivée des dossiers complets et jusqu'à épuisement des 145 M€. Ammonitrates soufrés et sulfate d'ammoniaque sont bien éligibles.
- Sud-Ouest : environ 42 000 hectares parcourus et plus de 250 000 personnes évacuées ; A63 coupée sur une soixantaine de kilomètres, trafic ferroviaire interrompu au sud de Bordeaux.
Aide à l'achat d'engrais azotés : le texte est publié
La décision de FranceAgriMer a été signée le 23 juillet et fixe enfin les règles du jeu. L'aide reste de 50 €/t d'engrais minéral azoté simple, portée à 70 €/t pour les exploitations dont les engrais représentent plus de 10 % des charges du dernier exercice clos en 2025. Elle porte sur les achats facturés entre le 1er juin et le 30 septembre 2026, avec un versement minimal de 750 € et un plafond fixé à la moitié du tonnage d'azotés simples acheté en 2025. Le guichet ouvre le 1er août et ferme au plus tard le 6 novembre à 14 heures, avec une seule demande par SIREN.
Reste la question que personne ne pose : que représentent vraiment 145 millions d'euros ? Au taux de base, l'enveloppe finance environ 2,9 millions de tonnes d'engrais, et plutôt 2,5 millions si une part significative des dossiers passe au taux majoré. À rapporter aux quelque 5,5 millions de tonnes d'azotés simples livrées chaque année en France, elle couvre donc à peu près une demi-année de consommation. Or c'est très exactement le plafond que chaque exploitation peut demander, la moitié de son tonnage 2025. Le dispositif est calibré au plus juste, sans coussin : il ne serait pas nécessaire que tout le monde dépose au plafond pour que la caisse se vide avant novembre, et comme aucun prorata n'est prévu, ce sont les derniers arrivés qui resteraient sur le quai.
La liste des engrais éligibles est annexée à la décision. Sont retenus les ammonitrates, y compris l'ammonitrate + SO3 et les sulfonitrates, les solutions azotées, l'urée, ainsi que d'autres azotés comme le sulfate d'ammoniaque. La règle de fond : de l'azote, éventuellement avec des éléments secondaires comme le soufre, mais ni phosphore ni potasse. Les formes soufrées simples sont donc bien dans le dispositif. Trois détails pèsent ensuite plus lourd qu'il n'y paraît : si la facture ne mentionne pas le type d'engrais, une attestation du fournisseur comble le manque ; le montant facturé doit constituer le prix définitif d'achat ; la preuve de paiement passe par un relevé bancaire montrant le débit du montant total.
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Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Le 33,5 poursuit sa hausse à 525 €/t franco vrac, tandis que le 27 se stabilise à 410 €/t franco. La progression s'essouffle nettement par rapport à la semaine passée. Les nitratiers continuent de répercuter un gaz qui reste cher malgré son repli de lundi. À noter pour les dossiers d'aide : l'ammonitrate soufré est explicitement éligible.
Urée
L'urée s'établit à 540 €/t départ La Pallice, Rouen et Gand, soit 5 €/t de plus sur la semaine après une semaine à environ 10 €/t par jour. Le meilleur thermomètre du marché indique donc un net ralentissement. À l'international, les forces n'ont pas changé : l'Inde reste à couvrir de l'ordre de 5 millions de tonnes d'ici la fin de l'année, la Chine reste présente à l'export. Rappel utile : sur une année séchante, l'urée nue se volatilise davantage, et son prix à la tonne ne dit pas tout de son coût réel à l'hectare.
Solution azotée
L'offre se maintient, à 430 €/t départ Rouen et Gand, mais elle reste étroite : elle avait totalement disparu il y a deux semaines et rien ne garantit sa profondeur. Sa version soufrée couvre azote et soufre en un seul apport.
Phosphore
Le DAP tient à 870 €/t départ, le TSP monte à 675 €/t départ. Le risque reste surtout du côté de la disponibilité : une part importante des flux de phosphates et de soufre transite par Ormuz, dont le statut n'a pas changé malgré la pause des frappes.
Soufre
Le sulfate n'a toujours pas réagi ; aucune baisse n'est envisagée et des hausses restent attendues, que la tension sur les flux du Golfe ne fait que renforcer. Point administratif utile : le sulfate d'ammoniaque figure parmi les engrais éligibles à l'aide.
Potasse
Marché calme, à l'écart de la tension du moment : moins exposée aux flux d'Ormuz et bien approvisionnée, la potasse peut se traiter au fil de l'eau, selon les besoins déjà planifiés.
Les recommandations de Julie
L'aide se touche à la tonne, elle se rentabilise à l'unité
Une aide de 50 €/t d'engrais, c'est une remise sur la tonne, pas sur l'azote. Le raisonnement naturel consiste à en toucher le plus possible : pour un même besoin en azote, plus l'engrais est pauvre en unités, plus il faut de tonnes, et plus l'aide encaissée est élevée. Il n'est pas faux, il est incomplet, parce que les tonnes supplémentaires, il faut aussi les payer. Sur une même dose d'azote, les formes les moins concentrées rapportent jusqu'à moitié plus d'aide et reviennent malgré tout plus cher.
Entre deux engrais de même titre, en revanche, l'aide ne départage rien du tout. Une urée nue et une urée stabilisée touchent les mêmes 50 €/t et apportent les mêmes 46 unités : le forfait s'annule des deux côtés. Ce qui les sépare se joue ailleurs, dans la part d'azote qui arrive réellement à la plante.
Et là, les ordres de grandeur méritent d'être posés. Sur une urée à 540 €/t, des pertes par volatilisation de 20 % représentent près de 110 €/t partis dans l'air, soit plus du double de l'aide. Ramener ces pertes à 7 % en récupère environ 70 €/t, davantage que l'aide elle-même. Le premier chiffre se lit sur la facture, le second ne s'y lit jamais, et c'est pourtant le plus lourd des deux.
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Sur une fin d'été qui s'annonce sèche, la question n'est donc pas de savoir quel engrais rapporte le plus de subvention, mais lequel perd le moins d'azote. L'aide se touche à la tonne ; elle se rentabilise à l'unité.