Actu des engrais du 5 août 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
L'engrais monte, les grains décrochent. Ammonitrate +20 €/t quand blé, maïs et colza reculent tous les trois.
En une semaine, les deux bouts de l'équation se sont écartés. L'ammonitrate 33,5 a pris 20 €/t, pendant que le blé rendait 10 €/t, le maïs autant et le colza 40. L'engrais monte, la récolte baisse : c'est la combinaison la moins confortable pour une trésorerie, et elle s'est installée en cinq séances.
Le plus surprenant est que cette hausse ne vient pas du marché mondial. Le gaz européen a reculé de près de 7 % sur la semaine et l'urée internationale a terminé vendredi en baisse. Les trois explications sont européennes et se cumulent. Un rattrapage d'abord : le gaz reste bien plus cher qu'il y a un mois et il fait l'essentiel du coût de fabrication d'un ammonitrate, mais tant que plus personne n'achetait, cette hausse n'avait pas été répercutée. Le retour de la demande ensuite. Le repositionnement des vendeurs enfin : plusieurs producteurs européens ont retiré leurs offres d'ammonitrate pour les réévaluer, ce qui a resserré d'autant ce qui restait disponible.
Le calendrier a fait le reste. Depuis la publication de l'aide de 50 à 70 €/t, les achats d'azotés simples se sont nettement accélérés en France. Le sujet est remonté jusqu'au ministère, qui a réuni le 28 juillet producteurs, importateurs, négociants et distributeurs en présence de la DGCCRF, après des remontées de terrain sur d'éventuelles tensions de prix, en rappelant que le dispositif n'a pas vocation à alimenter les marges.
Deux choses à en retenir. L'aide reste un avantage réel, mais une partie a déjà été reprise par la hausse. Et cette hausse n'est pas une nouvelle flambée des fondamentaux : elle tient au rythme des achats et à la disponibilité, davantage qu'au coût de production. Ce sont des ressorts qui poussent tant que la demande pousse, et qui se relâchent quand elle retombe.
Repères cultures (prix indicatifs)
Les trois grains reculent en même temps : le blé septembre revient de 232,75 à 225 €/t, le maïs à 245 €/t et le colza abandonne 40 €/t, à 510 €/t, après avoir buté plusieurs semaines sur son plafond de 2024. C'est la seconde moitié de l'équation, et de loin la plus lourde : ce que la récolte perd cette semaine pèse bien davantage sur l'exercice que les 20 €/t pris par l'ammonitrate.
À retenir :
- L'ammonitrate 33,5 prend 20 €/t, à 540 €/t franco vrac. Le 27 ne bouge pas, à 410 €/t franco, l'urée reste à 540 €/t départ et la solution azotée à 430 €/t départ ; le sulfate d'ammoniaque s'affiche à 370 €/t départ.
- La hausse est européenne, pas mondiale : le gaz a reculé de près de 7 % sur la semaine et l'urée internationale a fini vendredi en baisse. Ce sont le rattrapage d'un coût de production non répercuté, le retour de la demande et le repositionnement des offres européennes qui font monter les prix français.
- Aide engrais : le guichet a ouvert le vendredi 31 juillet à 10 heures, avec un jour d'avance. Achats facturés du 1er juin au 30 septembre, 50 €/t ou 70 €/t, dans l'ordre d'arrivée, dans la limite des crédits et au plus tard le 6 novembre à 14 heures.
- Les trois grains reculent : blé septembre à 225 €/t (−8 €/t), maïs à 245 €/t, colza à 510 €/t (−40 €/t). L'engrais monte quand la récolte baisse : l'équation s'est dégradée des deux côtés en une seule semaine.
Aide à l'achat d'engrais azotés : le guichet est ouvert
Le guichet FranceAgriMer a ouvert le vendredi 31 juillet à 10 heures, avec un jour d'avance sur la date annoncée. Les achats d'azotés simples facturés entre le 1er juin et le 30 septembre 2026 ouvrent droit à 50 €/t, portés à 70 €/t pour les exploitations dont les engrais représentent plus de 10 % des charges du dernier exercice clos en 2025. Une seule demande par SIREN, un versement minimal de 750 € et un plafond fixé à la moitié du tonnage d'azotés simples acheté en 2025.
Les dossiers complets sont servis dans l'ordre d'arrivée, dans la limite des crédits disponibles, et au plus tard jusqu'au 6 novembre à 14 heures. Il n'y a aucun coefficient de réduction : si l'enveloppe de 145 millions d'euros s'épuise avant l'échéance, les derniers dossiers ne sont pas servis au prorata, ils ne sont pas servis du tout. Les deux calendriers ne se recouvrent donc pas : la fenêtre d'achat court jusqu'au 30 septembre, celle de l'enveloppe s'arrête le jour où la caisse est vide.
Côté produits, la liste couvre les ammonitrates, y compris les formes soufrées, les solutions azotées, l'urée et le sulfate d'ammoniaque. Trois points reviennent souvent au moment de constituer le dossier : si la facture ne mentionne pas le type d'engrais, une attestation du fournisseur comble le manque ; le montant facturé doit constituer le prix définitif d'achat ; la preuve de paiement passe par un relevé bancaire montrant le débit du montant total.
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Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Le 33,5 prend 20 €/t sur la semaine, à 540 €/t franco vrac, tandis que le 27 ne bouge pas, à 410 €/t franco. La hausse ne vient pas du gaz de la semaine, qui a reculé, mais du rattrapage d'un coût de production qui n'avait pas été entièrement répercuté, du retour de la demande et du repositionnement des offres européennes, plusieurs producteurs ayant retiré leurs cotations pour les réévaluer. Rappel utile pour les dossiers d'aide : l'ammonitrate soufré est explicitement éligible.
Urée
L'urée reste à 540 €/t départ La Pallice, mais l'offre est devenue difficile à trouver. Deux forces s'opposent : l'Inde a lancé le 29 juillet un appel d'offres portant sur jusqu'à 1,7 million de tonnes, avec clôture le 11 août et expéditions demandées avant le 24 septembre ; en face, de nouvelles offres iraniennes circulent et la Chine a annoncé de nouveaux quotas d'exportation. La demande indienne soutient le marché sans le faire s'envoler ; derrière la stabilité apparente, la volatilité reste entière.
Solution azotée
Le prix ne bouge pas, à 430 €/t départ Rouen. L'offre reste étroite, mais la demande l'est également : la hausse des dernières semaines a été forte et le marché la digère avant de se repositionner. Sa version soufrée couvre azote et soufre en un seul apport.
Phosphore
Le phosphore n'a pas suivi l'ammonitrate : le DAP reste stable autour de 875 €/t départ Rouen et le TSP à 675 €/t départ. Cette stabilité n'est pas une détente. La demande mondiale reste prudente, les fabricants travaillant surtout sur les commandes déjà signées pendant que les acheteurs limitent leurs engagements ; cette faiblesse empêche de répercuter des coûts de production très élevés, lesquels interdisent en retour toute vraie baisse.
Soufre
Le prix de référence du soufre était stable au 31 juillet, mais il reste en forte hausse depuis un an, après un record historique atteint en juin. Le point est structurel : le soufre sert à fabriquer l'acide sulfurique nécessaire à la transformation de la roche phosphatée, et près de la moitié du soufre échangé dans le monde part du Golfe, région qui assure aussi environ 26 % des exportations mondiales de DAP et 13 % de celles de MAP. Le sulfate d'ammoniaque s'affiche à 370 €/t départ La Pallice et figure parmi les engrais éligibles à l'aide.
Potasse
Marché calme et sans mouvement, à 355 €/t départ. Bien approvisionnée et peu exposée aux tensions du moment, la potasse se traite au fil de l'eau, selon les besoins déjà planifiés.
Les recommandations de Julie
Une aide fixe dans un marché qui bouge
L'aide est un montant fixe : 50 €/t, 70 €/t pour les exploitations les plus exposées. Le marché, lui, ne l'est pas. En cinq séances, l'ammonitrate a pris 20 €/t, soit 40 % de l'aide de base repris en une semaine sur ce produit.
L'autre moitié de l'équation vient des grains, et elle pèse plus lourd. Sur un blé à 8 t/ha, les 10 €/t rendus cette semaine représentent environ 80 €/ha de produit en moins, et le colza en abandonne davantage encore. Sur ce même hectare de blé, 180 unités d'azote apportées en ammonitrate 33,5 demandent un peu plus d'une demi-tonne d'engrais : la hausse de 20 €/t y ajoute une dizaine d'euros, quand l'aide de 50 €/t en retire environ 27. L'aide compense donc à peu près le tiers de ce que le blé a rendu en une semaine, et ce qui s'est dégradé se joue davantage du côté de la récolte que du côté de l'engrais.
Un mot enfin sur la forme de l'aide, parce qu'elle se lit mal sur la facture : elle est calculée à la tonne de produit, pas à l'unité d'azote. À dose d'azote égale, plus l'engrais est faiblement concentré, plus il faut de tonnes, donc plus l'aide encaissée est élevée. Le sulfate d'ammoniaque en est l'exemple le plus net : avec un titre de 21, il faut plus du double du tonnage d'une urée pour la même dose, donc plus du double de l'aide. Cela ne renverse pas le classement du coût à l'unité d'azote, où les formes concentrées gardent l'avantage, mais cela resserre nettement l'écart, et le soufre est apporté dans le même passage.
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