Protection fongicide de la betterave : sécuriser son potentiel sans multiplier les passages

  • Mis à jour : 18 Juin 2026   |   Publié : 16 Juin 2026
  • Betteraves Fongicides Protection des plantes
  • Temps de lecture : 6 minutes
Protection fongicide de la betterave : sécuriser son potentiel sans multiplier les passages

Ce qu'il faut retenir :

  • La cercosporiose est aujourd’hui la maladie foliaire la plus pénalisante de la betterave sucrière, avec des pertes pouvant atteindre 10 à 30 % de rendement et jusqu’à 2 points de richesse en cas d’attaque précoce et non maîtrisée.
  • La réussite de la protection fongicide repose avant tout sur une observation régulière des parcelles et le respect des seuils d’intervention. Le déclenchement au bon moment est souvent plus important que le nombre total de traitements réalisés.
  • Face aux risques croissants de résistance, il est essentiel d’alterner les modes d’action et les familles de matières actives (triazoles, SDHI, QiI) afin de préserver durablement l’efficacité des programmes fongicides.
  • L’utilisation préventive de cuivre et de soufre peut contribuer à ralentir les premières contaminations, retarder l’atteinte des seuils et valoriser davantage le premier passage fongicide, notamment dans les parcelles à forte pression historique.
  • L’objectif final reste de maintenir un feuillage fonctionnel jusqu’à la récolte. Associer protection sanitaire et nutrition foliaire (bore, manganèse, magnésium) permet de préserver le potentiel de rendement et la richesse en sucre de la culture.

La protection fongicide constitue l'un des leviers majeurs de préservation du rendement et de la richesse en betterave sucrière.

Dans un contexte de pression croissante de la cercosporiose et d'apparition de phénomènes de résistance, la réussite repose davantage sur le positionnement des interventions que sur leur nombre.

L'objectif est simple : maintenir un feuillage fonctionnel le plus longtemps possible afin de maximiser la production de sucre jusqu'à la récolte.

Bien diagnostiquer avant de traiter

La première étape consiste à identifier correctement la maladie présente dans la parcelle.

La cercosporiose se caractérise par de petites taches circulaires grisâtres entourées d'un liseré brun rougeâtre. À l'aide d'une loupe, il est possible d'observer de fines ponctuations noires au centre des lésions.

Cette observation est essentielle car plusieurs maladies ou accidents physiologiques peuvent être confondus avec la cercosporiose :

Maladie Niveau de nuisibilité Perte de rendement racine potentielle Impact sur la richesse Situation à risque
Cercosporiose Très élevée 10 à 30 % -0,5 à -2 points Attaque précoce, irrigation, récolte tardive
Ramulariose Moyenne à forte 5 à 15 % -0,2 à -1 point Étés humides et frais
Rouille Moyenne 3 à 10 % Faible à modéré Automnes doux, récoltes tardives
Oïdium Faible à moyenne 2 à 8 % Faible Étés chauds et secs
Complexe maladies foliaires (cercosporiose + rouille + oïdium) Très élevée 15 à 40 % -1 à -2 points Absence de protection ou intervention tardive
Comparatif diagnostic : cercosporiose, ramulariose, bactériose à Pseudomonas et alternariose sur betterave
Source : ITB – Cercosporiose : éviter les erreurs de diagnostic.

Déclencher au bon moment

La méthode de référence consiste à observer 100 feuilles de la couronne intermédiaire réparties dans plusieurs zones de la parcelle.

Seuils de déclenchement avant le 15 août

Maladie Seuil d'intervention < 15 août Seuil d'intervention > 15 août
Cercosporiose (hors zone littorale) Premières taches observées 20 % des feuilles atteintes
Cercosporiose (zone littorale) 5 % des feuilles atteintes
Ramulariose 5 % des feuilles atteintes 20 % des feuilles atteintes
Oïdium 15 % des feuilles atteintes 30 % des feuilles atteintes
Rouille 15 % des feuilles atteintes 40 % des feuilles atteintes

Après chaque traitement, une nouvelle observation doit être réalisée environ 15 jours plus tard afin d'évaluer l'évolution de la pression.

Historiquement, les premiers déclenchements étaient réalisés mi-juillet puis relayés mi-août, mais malheureusement l’évolution du climat pousse à bien plus anticiper les interventions, parfois dès le mois de juin.

Outil pour suivre l'évolution des maladies

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La cercosporiose : l'ennemi numéro un

Aujourd'hui, la cercosporiose est la maladie foliaire la plus pénalisante en betterave, avec des pertes pouvant atteindre 10 à 30 % de rendement.

Lorsque les attaques sont précoces, le feuillage est progressivement détruit. La plante réagit en produisant de nouvelles feuilles, mobilisant une partie des réserves normalement destinées à la production de sucre.

Les conséquences peuvent être importantes :

  • ✔️ Baisse du rendement racine.
  • ✔️ Diminution de la richesse.
  • ✔️ Augmentation des impuretés.
  • ✔️ Dégradation de la conservation des betteraves.

Dans les situations les plus exposées, plusieurs tonnes de rendement peuvent être perdues en l'absence de protection adaptée.

Les matières actives disponibles

Les principales solutions actuellement disponibles reposent principalement sur plusieurs familles de matières actives :

Famille Matières actives principales
Triazoles prothioconazole, difénoconazole, tétraconazole, méfentrifluconazole
SDHI fluopyram
QiI fenpicoxamide
Cuivre oxychlorure de cuivre (préventif), hydroxyde de cuivre (curatif)
Soufre soufre élémentaire

L'arrivée du fenpicoxamide constitue une avancée intéressante pour diversifier les modes d'action et limiter les risques de résistance.

Quelle stratégie adopter ?

La stratégie doit avant tout reposer sur l'alternance des modes d'action.

Pression modérée

  • T1 :
    prothioconazole + fluopyram (Propulse 1,2 L/ha) ou prothioconazole + fenpicoxamide (Quench / Qaptive 1,5 L/ha).
  • T2 :
    difénoconazole + fenpropidine (Spyrale 0,9 L/ha).
  • T3 :
    uniquement si nécessaire et en alternant les familles utilisées précédemment (Pack Bagafur pour 13 ha).

En cas de forte pression cercosporiose

  • Associer à chaque passage de l’oxychlorure et de l’hydroxyde de cuivre (Airone SC à 3 L/ha minimum).

L'objectif est d'éviter les successions de traitements reposant sur les mêmes matières actives. L’intervalle maximal entre traitements est de 21 jours.

Cuivre et soufre : des alliés pour retarder le premier traitement

Dans les parcelles historiquement touchées par la cercosporiose, l'utilisation préventive de cuivre ou de soufre peut constituer un levier intéressant.

Ces produits ne remplacent pas un fongicide homologué mais peuvent contribuer à ralentir les premières contaminations.

Leur utilisation vise principalement à :

  • ✔️ Maintenir un feuillage sain plus longtemps.
  • ✔️ Limiter le développement des premiers foyers.
  • ✔️ Retarder l'atteinte des seuils d'intervention.
  • ✔️ Valoriser davantage le premier passage fongicide.

Cette stratégie est particulièrement intéressante sur :

  • ✔️ Variétés sensibles.
  • ✔️ Parcelles irriguées.
  • ✔️ Secteurs à forte pression historique.
  • ✔️ Récoltes tardives.

Exemple de programme préventif

Airone SC 2,7 L/ha + Cumbia SC 2 L/ha

Profiter du passage pour accompagner la nutrition

Le traitement fongicide constitue également une opportunité pour apporter certains éléments nutritifs par voie foliaire.

Selon les besoins de la parcelle, il peut être pertinent d'associer :

Élément Intérêt principal Produit Dose/ha
Bore Circulation des sucres et maintien de la croissance Bore Fertigo Pro 1 à 2 L/ha
Manganèse Soutien de l'activité photosynthétique Manganèse Fertigo Pro 1,5 L/ha
Magnésium Maintien de la teneur en chlorophylle Epso Top 2 kg/passage

Ces compléments nutritionnels ne remplacent pas la fertilisation de fond mais participent au maintien d'un feuillage actif durant les périodes à fort potentiel.

Les clés de la réussite

Une protection fongicide performante repose sur cinq principes :

  • ✔️ Observer régulièrement les parcelles.
  • ✔️ Identifier correctement les maladies présentes.
  • ✔️ Déclencher les interventions au seuil.
  • ✔️ Alterner les modes d'action.
  • ✔️ Maintenir un feuillage fonctionnel jusqu'à la récolte.

La réussite économique d'un programme fongicide ne dépend pas du nombre de passages réalisés mais de leur capacité à protéger durablement le potentiel de rendement et de richesse de la culture.


  • Paul Robert Paul Robert, Ingénieur agronome (Fondateur de Novalis Terra)
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