Pucerons betterave : stratégie aphicide 2026 et seuils d’intervention

  • Mis à jour : 27 Avril 2026   |   Publié : 14 Avril 2026
  • Betteraves Production
  • Temps de lecture : 7 minutes
Pucerons betterave : stratégie aphicide 2026 et seuils d’intervention

Ce qu'il faut retenir :

  • La jaunisse de la betterave est causée par plusieurs virus transmis uniquement par des pucerons vecteurs, avec un risque maximal en cas de contamination précoce pouvant entraîner jusqu’à 50 % de pertes de rendement.
  • Le risque pucerons apparaît dès le stade cotylédon et reste élevé jusqu’à la fermeture des rangs : les jeunes plantes sont les plus sensibles à la transmission virale.
  • La stratégie repose sur 3 leviers : suppression des repousses, suivi régulier des parcelles et intervention raisonnée uniquement lorsque les seuils (10 % de plantes colonisées) sont atteints.
  • Les produits efficaces en 2026 sont Verseon, Movento et Teppeki, avec des efficacités comprises entre 65 et 94 % selon les essais ITB.
  • Il est essentiel d’alterner les modes d’action pour limiter les résistances et d’intégrer des solutions complémentaires comme le biocontrôle ou les plantes compagnes.

Comprendre les modes de transmission et leurs conséquences agronomiques

La jaunisse de la betterave correspond à un ensemble de quatre virus pouvant entraîner des pertes de rendement significatives, en particulier lorsque la contamination intervient précocement dans le cycle de la culture.

Ces agents pathogènes sont transmis uniquement par des pucerons vecteurs, lors de leur alimentation sur les feuilles de betterave.

On parle d’une transmission non-propagative : les pucerons peuvent acquérir et transmettre le virus, mais ne le transmettent pas à leur descendance. Ainsi, chaque nouvelle génération doit se contaminer à nouveau pour devenir vectrice.

Transmission des virus de la jaunisse par les pucerons

Transmission des virus de la jaunisse par les pucerons. Source : BASF

Parmi ces virus, le BYV (Beet Yellow Virus), responsable de la jaunisse grave, est l’un des plus préoccupants. Il est qualifié de virus semi-persistant, car il peut rester actif dans l’insecte pendant plusieurs heures à plusieurs jours. Sa capacité de transmission est élevée, et dans des situations de forte pression ou de contamination précoce, il peut provoquer jusqu’à 50 % de pertes de rendement.

Dynamique du risque et conséquences sur la production

Le risque lié aux pucerons apparaît très tôt dans le cycle cultural. Il débute généralement entre fin avril et début mai, dès les premières observations en parcelle, et se prolonge du stade 2 feuilles jusqu’à la fermeture des rangs, vers fin juin.

Selon les conditions climatiques printanières, des infestations peuvent être observées dès le stade cotylédon, ce qui augmente fortement le risque de contamination précoce.

Cette phase initiale est particulièrement sensible : les jeunes betteraves sont très réceptives aux virus. Une infection à ce stade peut favoriser une installation durable de la maladie et impacter fortement le développement des plantes.

À partir du stade 12 feuilles, la culture acquiert une résistance naturelle dite “à maturité”. Les plantes deviennent alors moins attractives pour les pucerons et moins sensibles à la transmission virale, ce qui limite le risque d’épidémie.

Outre les symptômes visibles comme le jaunissement et le ralentissement de croissance, les virus entraînent :

  • une baisse du rendement
  • une diminution de la teneur en sucre

Ces deux facteurs sont déterminants déterminants pour la valorisation de la culture. Plus l’infection intervient tôt, plus les pertes sont importantes.

Stratégies de lutte contre les pucerons

La gestion des pucerons repose sur plusieurs leviers complémentaires :

  • Suppression des repousses
    Il est essentiel d’éliminer les repousses de betteraves de l’année précédente avant les nouvelles levées. Ces plantes peuvent servir de réservoirs viraux. Compte tenu de la capacité de dispersion des pucerons (plusieurs dizaines de kilomètres), le risque est collectif et très fort cette année
  • Suivi régulier des populations
    Une observation attentive des parcelles est indispensable pour détecter précocement les infestations.
  • Intervention raisonnée
    Un traitement aphicide doit être déclenché uniquement lorsque les seuils sont atteints.

Nouvelle Évolution des seuils d’intervention en 2026

  • Pucerons verts seuls (Myzus persicae) :
    → 10 % de plantes colonisées par au moins un puceron aptère
  • Présence simultanée de pucerons verts et noirs (Aphis fabae) :
    → 10 % de plantes colonisées, quel que soit le type de puceron

Outil d’aide à la décision : Alerte Pucerons

L’outil “Alerte Pucerons” de l’ITB permet de suivre en temps réel :

  • la présence de pucerons,
  • l’évolution du risque,
  • l’atteinte des seuils d’intervention selon les zones.

⚠ Il reste indispensable de confirmer les observations directement en parcelle avant toute intervention.

👉 OAD ITB

Les zones à surveiller en priorité sont :

  • bordures abritées (haies),
  • zones hétérogènes,
  • sols limitant le développement des plantes.

Produits aphicides recommandés pour 2026

Flonicamide Teppeki

1. Flonicamide (ex : Teppeki)

  • Dose : 140 g/ha
  • 1 application annuelle
  • À partir du stade 2 feuilles (BBCH 12)
  • Compatible avec herbicides
  • pH idéal bouillie : 8,3

✔ Mélange possible avec herbicides (attention pH)

Spirotétramate Movento

2. Spirotétramate (Movento)

  • Utilisation autorisée jusqu’au 13 juillet 2026 (dérogation)
  • Dose : 0,45 L/ha
  • 2 applications espacées de 10 à 14 jours
  • Stades : BBCH 12 à BBCH 39
  • Délai avant récolte : 90 jours
  • pH idéal bouillie : 4 – 5

✔ Mélange possible avec herbicides
⚠ Déconseillé avec engrais foliaires

Dimpropyridaz Verseon

3. Dimpropyridaz (Verseon)

  • Autorisé jusqu’au 2 juillet 2026 (dérogation)
  • Dose : 0,2 L/ha
  • 1 application
  • Stades : BBCH 11 à BBCH 49
  • Délai avant récolte : 14 jours
  • pH idéal bouillie : 4,5 – 6,5

✔ Mélange possible avec herbicides

Produits déconseillés

Les insecticides à base de pyrèthres et carbamates (ex : Karate K, Mavrik Jet) ne sont plus efficaces sur pucerons verts en raison de résistances avérées. Leur utilisation est donc déconseillée.

Efficacité des solutions testées (ITB)

Produit Matière active Efficacité Nombre d’essais
Verseon dimpropyridaz 65 à 89 % 13 essais
Movento spirotétramate 82 à 94 % 14 essais
Teppeki flonicamide 70 à 84 % 41 essais

L’efficacité est mesurée par rapport à une parcelle non traitée. Les résultats sont comparables sur pucerons noirs.

Programme possible en cas de forte pression

Si le seuil d’intervention est atteint, soit 10 % des plantules de betterave colonisées, intervention en :

  • 1er un Verseon, permettant une action d’environ 14 jours.
  • 2ème un Teppeki pour 14 jours,
  • 3ème finir par un Movento voir 2 applications de movento avec 12-14 jours d’intervalle.

👉 L’ITB recommande d’alterner les modes d’action afin de limiter les phénomènes de résistance.

Perspectives 2026 et biocontrôle

Avec des températures hivernales douces, les pucerons vont apparaitre précocement en 2026.

Une solution de biocontrôle, INSIOR GrA, basée sur des odeurs répulsives, bénéficie également d’une dérogation. Utilisée en préventif dès le stade cotylédon, elle peut compléter la stratégie de protection, sans remplacer les traitements classiques.

Des essais en cours avec le PNRI de l’ITB montre également des pistes intéressantes avec le semis de plante compagne type avoine détruite tôt avant de rentrer en concurrence avec la betterave, mais la technique demande encore des réglages pour éviter les phénomènes de perte de rendement.

Sources : ITB, BASF, Syngenta, Novalis Terra


  • Paul Robert Paul Robert, Ingénieur agronome (Fondateur de Novalis Terra)
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