Irrigation – Mildiou - Micronutrition et biostimulation en début de cycle

  • Mis à jour : 20 Mai 2026   |   Publié : 20 Mai 2026
  • Pomme de terre Irrigation
  • Temps de lecture : 10 minutes
Irrigation – Mildiou - Micronutrition et biostimulation en début de cycle

Ce qu'il faut retenir :

  • La pomme de terre est une culture très sensible aux stress hydriques. Une irrigation mal pilotée peut provoquer des arrêts de végétation, du cœur creux, des problèmes de conservation et une forte hétérogéné de calibre.
  • La stratégie d’irrigation doit être adaptée au débouché : en plant et chair ferme, l’objectif est de maximiser le nombre de tubercules avec des irrigations plus fréquentes et modérées ; en industrie, chips ou fécule, on recherche davantage le grossissement des tubercules.
  • Les bonnes pratiques consistent à privilégier l’irrigation nocturne, à éviter les apports en pleine chaleur (> 30 °C), à piloter les apports avec des sondes d’humidité ou tensiomètres, et à maintenir le sol dans la réserve facilement utilisable.
  • La gestion du mildiou repose sur une approche principalement préventive : surveillance des conditions climatiques, utilisation du modèle Mileos, qualité d’application et alternance des modes d’action pour limiter les résistances.
  • La micronutrition et la biostimulation en début de cycle jouent un rôle majeur pour sécuriser le potentiel de rendement. Les éléments clés sont le manganèse, le zinc et le bore, tandis que des solutions comme Tuber Max ou Excel AminoPlus permettent de limiter les stress et d’améliorer la tubérisation.

La pomme de terre est une culture gourmande en eau. Ses racines peuvent descendre jusqu’à 80 cm cependant 80 % des racines sont sur l’horizon 0-30 cm.

Irrigation de la pomme de terre : adapter sa stratégie

Il y a différentes stratégies d’irrigation. En production de plant et chair ferme, on va chercher à maximiser le nombre de tubercules sur un calibre. En industrie, fécule et chips se sont les grosses pommes de terre qui font le rendement, une hétérogénéité de calibre importe moins. Ainsi la stratégies d’irrigation est différente selon le débouché.

De façon générale, la pomme de terre supporte peu les stress hydriques, des fortes irrigations importantes et très espacées entre elles peuvent être la cause d’arrêt de végétation et de cœur creux pénalisables quelques soient la destination et dangereux au stockage. Ainsi l’état hydrique du sol doit se situer le plus possible dans la réserve facilement utilisable.

D’autre part, des irrigations en journée, en plein soleil avec une température supérieur à 30°C peuvent causer des effets « loupes » et brûler les feuilles.

Les bonnes pratiques d’irrigation

Ses besoins dépendent du débouché de la pomme de terre. Il est important de tenir compte de l’état de la réserve hydrique au moment de la plantation, du type de sol et des précipitations après plantation.

On vise un total de 400 à 700 mm en plant et chair ferme. En industrie et chips, l’objectif est de 500 à 800 mm. En fécule, l’objectif est le même, cependant les irrigations doivent être dégressives afin d’atteindre le taux de matière sèche.

Pour économiser durablement la ressource en eau tout en maintenant l’efficacité de l’irrigation, plusieurs bonnes pratiques agronomiques doivent être mises en œuvre. Il est d’abord recommandé de privilégier l’irrigation nocturne, car les températures plus basses et l’absence de rayonnement limitent fortement les pertes par évaporation.

De la même manière, irriguer en conditions peu venteuses permet d’améliorer l’uniformité de répartition de l’eau et de réduire les pertes par dérive et évaporation.

Une gestion raisonnée consiste également à espacer autant que possible les cycles d’irrigation afin de limiter les volumes apportés sans pénaliser la culture. Cette stratégie doit toutefois rester compatible avec les besoins de la plante et le type de sol.

Le pilotage de l’irrigation doit s’appuyer sur des outils d’aide à la décision fiables, tels que les sondes d’humidité, les tensiomètres ou les simulateurs des besoins de la culture combinés aux données météorologiques.

Stratégie d’irrigation selon les débouchés

En plant et en chair ferme, l’objectif est de limiter au maximum les stress hydriques à la tubérisation. L’irrigation peut commencer dès le stade crochet, premier stade de la tubérisation.

Il doit s’agir de plus petites irrigations de 15 à 20 mm afin de limiter la battance et de ne pas déformer les buttes, avec un risque direct de verdissement des tubercules.

Système racinaire de la pomme de terre

Système racinaire de la pomme de terre et zone principale d’exploration hydrique.

D’autre part en production de chair ferme / lavable, il est possible de contrôler le développement de la gale commune en maintenant la parcelle à un niveau hydrique proche de la capacité au champ à partir de l’initiation des tubercules jusqu’à 6 semaines après.

En production de pomme de terre d’industrie, fécule ou chips, l’enjeu est d’avoir de gros tubercules. Il faut alors obliger la plante à sélectionner des tubercules au moment de la tubérisation.

L’irrigation commence à partir du stade grain de blé. Attention : ces productions sont plus à risque de développement de cœur creux. Il est important de se renseigner sur la sensibilité variétale.

D’autre part, des carences en calcium et en potasse peuvent être des facteurs aggravants.

Comment gérer efficacement le mildiou en pomme de terre ?

La protection contre le mildiou repose avant tout sur une surveillance attentive des conditions climatiques. La durée de la rosée matinale, sa température ainsi que les périodes orageuses favorisent fortement le développement de la maladie. Les irrigations doivent également être prises en compte, car elles augmentent l’humidité du feuillage.

Symptômes de mildiou sur feuille de pomme de terre

Symptômes de mildiou sur feuille de pomme de terre en conditions favorables au développement de la maladie.

Pour la gestion du mildiou, l’utilisation du modèle Mileos est essentielle. Le modèle permet de simuler le développement du potentiel de sporulation en nombre de spores contaminantes selon un cumul horaire des conditions climatiques favorables : température et hygrométrie.

La sporulation est possible dès que l’hygrométrie est supérieure à 87 % (pluie, brume ou irrigation) et qu’il est relevé une température de :

  • 21°C pendant 6h consécutives
  • 15°C pendant 8h consécutives
  • 10°C pendant 17h consécutives

La lutte chimique doit être essentiellement préventive et adaptée au stade de développement de la pomme de terre. Il est important de vérifier la compatibilité des mélanges de produits à l’aide des outils d’aide à la décision comme l’OAD d’Arvalis.

La qualité d’application est un point essentiel : toute la parcelle doit être protégée de manière homogène, notamment au début de la rampe, afin d’éviter la création de foyers de contamination. Enfin, pour limiter les résistances et garantir l’efficacité des traitements, il est recommandé d’associer ou d’alterner différents modes d’action.

En phase de levée et croissance active, les fongicides de contact sont privilégiés afin de prévenir l’arrivée de spores dans la parcelles. Des sporicides / anti-sporulants sont utilisés afin de diminuer la réserve de spore de mildiou et préserver une parcelle saine pour la suite.

Les traitements sont rapprochés de 3 à 5 jours liés à la vitesse d’apparition des nouvelles feuilles non protégées, la pression mildiou et les conditions météorologiques.

Point sur la pression mildiou

La région Centre-Val-de-Loire est la région la plus avancée en stade jusqu’à 50 % de fermeture de rang sur quelques parcelles relevées au 12 mai. À cette date, le risque mildiou est évalué comme faible.

Pour les autres régions (Hauts-de-France, Normandie et Grand Est), les pommes de terre les plus avancées sont en développement foliaire. Il n’y a pas de mildiou observé à la date du 12 mai.

Cette année, la situation en début de cycle est à risque dû aux importantes quantités de pommes de terre de la récolte 2025 épandues dans les champs.

Pour rappel, les tas de déchets doivent être bâchés ou chaulés afin de diminuer l’inoculum primaire et réduire la pression de début de cycle.

Programmes à levée

  • Ranman Top : 0,5 L/ha
  • Shinkon Neo : 0,5 L/ha
  • Ectolyn : 0,4 L/ha
  • Zamprostar : 1,2 L/ha + Dash Santhal Gold : 0,2 L/ha + Ectolyn : 0,4 L/ha

Il est possible de diminuer la dose jusqu’à 50 % de la dose homologuée si la situation présente un faible risque.

Programmes à croissance active

Pression moyenne ou faible :

  • Infinito 1.4 L/ha OU Infinito 1 L/ha + Pygmalion 2 L/ha OU Infinito 1.2 L/ha + LE 846 (à 1 % du volume d’eau)
  • Revus 0.3 L/ha + Pygmalion 2 L/ha
  • Areli 1 L/ha
  • Pack Zorvec Enicade : Zorvec 0.15 L/ha + Azuleo 0,3 L/ha
  • Shinkon Neo 0.3 L/ha + Pygmalion 2 L/ha
  • Ranman Top 0.25 L/ha + Pygmalion 2 L/ha

Pour rappel, le Zorvec doit toujours être utilisé avec l’Azuleo. Également, le Shinkon Neo ne doit pas être utilisé seul.

Pression forte :

  • REVUS 0.6 L/ha + Xarops 1.4 L/ha
  • INFINITO 1.6 L/ha
  • Pack ZORVEC Endicade : Zorvec 0.15 L/ha + Azuleo 0.3 L/ha

Cadence : 5 jours MAXIMUM.

La micronutrition en début de cycle

Les éléments les plus importants à ces stades sont le manganèse, le zinc et le bore.

Le manganèse

Le manganèse est un constitutif de nombreuses enzymes. Il conditionne le transport des électrons dans la photosynthèse. Enfin il est un puissant régulateur du potentiel d’oxydo-réduction de la plante.

Le manganèse pour la pomme de terre est crucial. Autrefois il était apporté via le fongicide mancozèbe, aujourd’hui il n’est plus apporté. L’élément est essentiel à la vigueur après la levée et à la formation de la biomasse par la pomme de terre.

Les carences peuvent avoir lieu en sol très séchant (terre blanche, sableuse), sol froid ou en sol avec de très importants taux de matière organique et une forte activité microbienne.

Dans ces situations, il est très important de faire 1 application de Chéla Mang à 1.5 L/ha de la croissance active à la fermeture des rangs.

La forme chélatée est à privilégier à la forme sulfate car son efficacité est meilleure.

Le zinc

Le zinc augmente la teneur en chlorophylle des feuilles, son rôle enzymatique permet une meilleure utilisation des ressources. Il est essentiel notamment lors de la transition de la plante des ressources du plant mère à un système autotrophe.

Il améliore l’absorption du phosphore et l’efficience de l’azote.

Des carences peuvent être observées dans des sols avec un pH alcalin, si la teneur du sol en phosphore est très élevée, dans des sols froids type terres blanches. Des sols avec une très faible teneur en matière organique peuvent limiter la disponibilité du zinc pour la plante. Dans des sols avec une faible CEC (limon blanc ou terres sableuses), le zinc peut être lessivé.

Dans ces situations, il est conseillé d’apporter du zinc dans les premières phases du cycle végétatif de la plante. Il faut l’apporter par du Chéla zinc à 3 L/ha à 50 % de la fermeture du rang.

Dans les situations cumulant plusieurs facteurs de risque, il est conseillé de poursuivre les applications jusqu’à l’entrée en sénescence à raison de 1.5 L/ha à un intervalle de 10 à 15 jours.

Le bore

Le bore est un élément très mobile dans le sol. Il est absorbé sous forme d’acide borique et est généralement disponible pour les plantes. Cependant, dans certains cas son absorption peut être insuffisante par la plante.

Le bore est essentiel à la division cellulaire et à la synthèse d’hormones de croissance. Sa disponibilité est cruciale dans les premières phases de développement de la pomme de terre.

Il peut être bloqué dans les sols alcalins avec pH > 7.5. Il peut être lessivé dans les sols sableux et terres blanches. Son absorption est en concurrence avec le calcium : dans des sols avec des taux de CaO très élevés, il y a un risque de carence.

Dans ces situations, il est nécessaire de faire 1 application de Fertigo Pro - Bore + Molybdène & Algues à 3 L/ha à 50 % de fermeture des rangs.

Il apporte également du Molybdène, essentiel à la synthèse protéique, et des extraits d’algues diminuant les stress à venir.

Notre sélection d'engrais foliaires :

Biostimulation en début de cycle : sécuriser la croissance et le potentiel de rendement

L’objectif est d’aider la pomme de terre à détoxifier les herbicides du programme de désherbage et de stimuler ses organes de croissance déterminants dans l’élaboration du rendement final.

Tuber Max : stimuler la tubérisation et limiter les stress

Le Tuber Max est très intéressant. Il s’agit d’extraits d’algues aidant la plante à résister au stress et stimulant la tubérisation ainsi que le développement racinaire.

Il limite les futurs stress hydriques de la pomme de terre et augmente le nombre de tubercules. Il est très pertinent en production de plant ou de chair ferme.

Produit Objectif Positionnement Dose
Tuber Max Stimuler la tubérisation, limiter les stress hydriques et renforcer le développement racinaire. Tubérisation puis 15 jours après. 3 L/ha + 3 L/ha

Excel AminoPlus : accompagner la reprise de croissance

L’Excel AminoPlus d’Adama aide la pomme de terre à rapidement détoxifier le programme de désherbage grâce aux extraits d’algues et la soutient dans sa synthèse protéique par les acides aminés.

Il peut être bénéfique sur tous types de débouchés.

Produit Objectif Positionnement Dose
Excel AminoPlus Aider la plante à détoxifier les herbicides et soutenir la synthèse protéique. Début de la croissance active. 1 L/ha

Sillicade : renforcer la plante et accompagner la gestion des pucerons

En production de plants de pomme de terre, la gestion des pucerons est un point clé de la culture. Afin de perfectionner la lutte, il est intéressant d’utiliser le Sillicade d’Agriscience Biologicals.

Il apporte du silicium, essentiel à la constitution de la paroi cellulaire qui protège des attaques de pathogènes.

Enfin, il apporte également du potassium qui a un impact plus global sur la résistance au stress et à l’élaboration du rendement.

Produit Objectif Positionnement Dose
Sillicade Renforcer la résistance aux stress et accompagner la gestion des pucerons. De la tubérisation jusqu’à l’entrée en sénescence. 5 applications de 0.5 L/ha

Point clé

La biostimulation en début de cycle vise avant tout à sécuriser le potentiel de rendement en limitant les stress précoces et en soutenant les phases clés de développement de la pomme de terre.

Notre sélection de biostimulants :


  • Paul Robert Paul Robert, Ingénieur agronome (Fondateur de Novalis Terra)
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