Le 17 novembre 2025, Paris accueille la deuxième édition du Carrefour de l’Agrivoltaïsme, un événement devenu incontournable pour tous ceux qui s’intéressent aux intersections entre agriculture, énergie et transition des territoires. Organisé par Enerplan et France Agrivoltaïsme, ce salon réunit agriculteurs, développeurs solaires, collectivités et acteurs institutionnels pour faire le point sur l’évolution d’une filière aussi prometteuse que controversée.
Agrivoltaïsme : un concept encore jeune mais stratégique
L’agrivoltaïsme désigne l’installation de dispositifs photovoltaïques en complément d’une activité agricole, avec un double objectif :
- maintenir ou améliorer la production agricole,
- produire de l’énergie renouvelable.
Contrairement au solaire au sol classique, souvent accusé de “consommer du foncier agricole”, l’agrivoltaïsme vise à co-utiliser la même parcelle, en protégeant les cultures, en créant un micro-climat, ou en diversifiant les sources de revenus de l’exploitation.
Avec l’accélération des objectifs de transition énergétique en Europe, cette technologie devient un levier stratégique pour :
- la résilience agricole,
- la décarbonation de l’économie,
- la souveraineté énergétique.
Une filière pleine de potentiels
Le mot est revenu dans de nombreuses interventions : l’agrivoltaïsme est une filière pleine de promesses, mais encore freinée par un cadre réglementaire mouvant, parfois difficile à interpréter, et par la méfiance de certains territoires.
Trois freins majeurs identifiés au salon :
1. L’acceptabilité locale
De nombreux élus et riverains redoutent :
- une artificialisation du paysage,
- la perte de vocation agricole d’une parcelle,
- des projets menés trop vite ou sans concertation.
Le salon rappelle que la confiance territoriale est le premier pilier de la réussite.
2. La réglementation
Le cadre législatif a progressé (loi APER, décret agrivoltaïque), mais reste complexe :
- Quels systèmes sont réellement considérés comme "agrivoltaïques" ?
- Quelles obligations de maintien de la production agricole ?
- Comment mesurer l’apport agronomique du photovoltaïque ?
Les experts présents ont insisté sur la nécessité de normes claires, d’une méthodologie d’évaluation commune et d’un suivi scientifique.
3. Le modèle économique
Si la diversification de revenus attire beaucoup d’agriculteurs, le montage des projets reste très technique :
- répartition des bénéfices,
- coûts d’investissement,
- contractualisation avec les développeurs,
- durée des baux et garanties de performance.
Le salon met en avant les retours d’expérience pour sécuriser les agriculteurs.
Les opportunités mises en lumière lors de cette édition
Malgré les controverses, les experts s’accordent sur une tendance majeure : l’agrivoltaïsme est en train de devenir un pilier des fermes de demain.
🌱 1. Une protection des cultures face au changement climatique
Les structures photovoltaïques peuvent :
- réduire le stress hydrique,
- limiter les brûlures au soleil,
- diminuer les pertes en cas d'aléas extrêmes.
Les exemples les plus avancés concernent :
- le maraîchage,
- les petits fruits,
- la vigne,
- certaines cultures fourragères.
⚡ 2. Une production d’énergie renouvelable
Le modèle agrivoltaïque répond à une critique majeure du solaire au sol : l’occupation du foncier. Ici, l’agriculture reste au centre du projet.
💶 3. Une source de revenu complémentaire stable
Pour les exploitations fragilisées par :
- la variabilité des prix,
- la volatilité des marchés,
- les aléas climatiques,
l’agrivoltaïsme peut offrir un revenu régulier, contractualisé sur 20 à 30 ans.
🏛️ 4. Une stratégie gagnante pour les territoires
Les collectivités y voient :
- un outil d’attractivité,
- une opportunité de décarbonation,
- un moyen de soutenir les exploitations locales.
Le salon met fortement l’accent sur le rôle des élus dans l’accompagnement des projets.
Le message central de cette 2ᵉ édition : dépasser l’opposition agriculture / énergie
Le Carrefour de l’Agrivoltaïsme envoie un signal clair :
La transition agricole et la transition énergétique ne doivent pas être pensées séparément.
L’avenir des fermes passera par des modèles hybrides :
- complémentaires,
- résilients,
- connectés au territoire,
- multi-fonctionnels.
L’agrivoltaïsme, correctement encadré, devient un outil puissant pour atteindre ces objectifs.
Ce qu’il faut retenir
- L’agrivoltaïsme est une filière émergente, en construction mais hautement stratégique.
- Le 2ᵉ Carrefour met en lumière autant les opportunités que les défis : acceptabilité, réglementation, modèle économique.
- L’innovation agricole ne se joue plus uniquement dans les pratiques culturales, mais aussi dans la co-utilisation intelligente des espaces.
- Les acteurs insistent sur la co-construction entre agriculteurs, développeurs solaires et collectivités.
- Dans un contexte d’aléas climatiques et de pression économique, l’agrivoltaïsme peut contribuer à sécuriser les revenus, protéger les cultures, et accélérer la transition énergétique.