Actu des engrais du 4 novembre 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
Gaz à 100 € : les usines lèvent le pied. Parité azote/blé à 7,22 q ; nos courbes de marché désormais en accès libre.
Le paradoxe de l’automne se creuse : les engrais se tendent pendant que les céréales reculent, et chaque semaine il faut un peu plus de blé pour payer la même quantité d’azote. En France, l’urée gagne encore une dizaine d’euros, à 575 €/t départ La Pallice ; les ammonitrates n’ont presque plus d’offre ferme et la solution azotée reste stable.
Le moteur reste le gaz. Le gaz européen a clôturé vendredi à près de 104 €/MWh, contre moins de 94 €/MWh une semaine plus tôt, soit plus de 10 % de hausse. À ce niveau, fabriquer de l’azote en Europe coûte plus cher que le prix auquel il se vend : selon les estimations de place, un ammonitrate produit avec le gaz de décembre reviendrait à plus de 600 €/t, bien au-dessus des cotations actuelles.
Conséquence directe cette semaine : les principaux fabricants européens de nitrates ont réduit leur production d’ammoniac et retiré leurs offres d’engrais, l’un d’eux évoquant des arrêts temporaires d’usines, y compris en France. Le marché s’attend à les voir revenir avec des prix supérieurs de 20 à 30 €/t.
Une semaine à haut risque
Les élections de mi-mandat américaines se tiennent ce mardi 3 novembre, et des frappes américaines sur l’Iran
pourraient reprendre après le scrutin, sans qu’aucune décision ne soit confirmée. Le pétrole atteint des records ;
les tensions autour du détroit d’Ormuz pèsent toujours sur l’énergie et sur une partie des engrais mondiaux.
L’euro s’affaiblit aussi, autour de 1,116 dollar, ce qui renchérit mécaniquement les engrais importés et payés en
dollars. Seul frein à la hausse : l’Inde tarde à relancer ses achats d’urée, ce qui tempère le marché mondial.
En face, le blé recule encore sur l’espoir d’une sécurisation des exportations en mer Noire. Il faut désormais 7,22 quintaux de blé pour financer 100 unités d’azote efficace, contre une médiane de 6,71 depuis juillet 2025. La parité n’a été plus défavorable que 19 % du temps sur cette période.
Dans ce contexte, les achats restent rares et les vendeurs testent des prix plus hauts sans grands volumes. La suite dépendra du gaz, des annonces sur l’Iran et du retour des acheteurs. Entre un gaz au plus haut et des céréales en repli, tout couvrir aux prix du jour comme tout laisser ouvert expose ; le fractionnement des achats limite les deux risques.
Nouveau : toutes les courbes Agryco sont désormais en accès libre sur notre page de suivi du marché : prix des engrais, coût de l’unité d’azote efficace, cours des céréales et parité azote/blé, mis à jour en continu.
Repères cultures (prix indicatifs)
À retenir :
- Gaz au-dessus de 100 €/MWh, en hausse de plus de 10 % : produire de l’azote en Europe n’est plus rentable.
- Offres d’ammonitrate retirées ; retour attendu 20 à 30 €/t plus haut.
- Urée à 575 €/t départ La Pallice, en hausse d’une dizaine d’euros.
- Nouveau : toutes nos courbes de marché en accès libre sur agryco.com.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
L’ammonitrate s’affiche à 585 €/t franco pour le 33,5 et 460 €/t franco pour le 27, des niveaux indicatifs : les fabricants ont retiré leurs offres en cours de semaine, après les avoir relevées de quelques euros. Avec le gaz au-dessus de 100 €/MWh, les cotations actuelles se situent sous le coût de remplacement, et les prochaines offres pourraient revenir plus haut. Retrouvez notre courbe à l’unité d’azote efficace.
Urée
L’urée progresse encore, à 575 €/t départ La Pallice. Le prix égyptien, référence pour l’Europe, est passé de 525 à 537,5 $/t sur la semaine, soutenu par l’annonce d’une baisse de 20 % des livraisons de gaz aux usines égyptiennes en novembre. Côté algérien, aucune vente vers l’Europe n’a été signalée depuis deux semaines. En sens inverse, l’Inde n’a acheté que 410 000 t lors de son dernier appel d’offres et le suivant se fait attendre : la demande mondiale reste modérée, et l’urée monte surtout en Europe, portée par le gaz. Pertes comprises, l’urée nue revient autour de 1,56 € l’unité d’azote efficace.
Solution azotée
La solution azotée reste à 460 €/t départ Rouen. De nouvelles cargaisons importées arrivent à Rouen, ce qui limite la tension à court terme, mais sa fabrication européenne reste exposée au gaz. Avec son titre de 30 et les pertes à l’épandage, elle reste la plus chère à l’unité d’azote, autour de 1,79 € ; son intérêt tient à la souplesse d’apport et au matériel déjà en place.
Phosphore
La demande reste minime en France comme en Europe. Si le soufre pourrait se détendre, l’ammoniac devrait renchérir d’ici fin novembre, ce qui laisse peu de place à une baisse des phosphates. Les apports de fond restent souvent reportés quand l’azote coûte cher ; les prix, eux, ne devraient pas s’en trouver bouleversés.
Soufre
La Chine n’a accordé qu’un contingent réduit pour ses exportations, et plusieurs usines européennes tournent au ralenti : une partie du marché estime que ce produit pourrait manquer au printemps. Une cargaison est attendue à Rouen mi-novembre. Il apporte soufre et azote dans le même passage, ce qui explique qu’il soit souvent associé aux formes concentrées en sortie d’hiver.
Potasse
Le chlorure de potasse reste à 375 €/t départ, sur une demande quasi nulle et des tarifs stables chez les principaux fournisseurs. Le marché mondial est bien approvisionné et la potasse demeure le poste le plus prévisible du budget engrais, autour de 0,63 € l’unité. Rien ne laisse attendre de hausse à court terme.
Les recommandations de Julie
Ce que disent les courbes
Les courbes que nous suivons chaque semaine sont désormais accessibles à tous. Elles racontent la même chose depuis septembre : le coût de l’azote remonte pendant que le blé recule, et la parité est repassée au-dessus de 7 quintaux pour 100 unités. Ce n’est pas le moment idéal pour tout acheter ; ce n’est pas non plus un marché qui invite à tout laisser ouvert, avec un gaz au-dessus de 100 €/MWh.
La courbe la plus parlante reste celle du coût de l’unité d’azote efficace. Le STABUR y ressort le moins cher depuis plusieurs mois, à 1,42 € l’unité, contre environ 1,56 € pour l’urée nue et 1,79 € pour la solution azotée. Sur 180 unités par hectare, l’écart avec l’urée nue représente environ 25 €/ha. Le STABUR est disponible dès maintenant chez Agryco.
Côté aide, le dispositif FranceAgriMer reste ouvert jusqu’au 31 décembre et son seuil minimal passe de 750 € à 350 €, soit environ 7 t d’azotés simples au taux de base : les plus petits volumes deviennent éligibles.
Pour estimer le coût net après aide, retrouvez notre outil de calcul ; pour suivre le marché semaine après semaine, rendez-vous sur notre page de suivi du marché.