Actu des engrais du 6 mai 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
Un prix nouvelle campagne sur la table. Un blé qui retrouve des couleurs… et Ormuz qui tient toujours l’azote en otage. Pendant que les marchés mondiaux s'emballent, l'ammonitrate européen reste, pour l'instant, à l'écart de la tempête.
Ormuz : la crise qui change tout sur les engrais
Lundi 4 mai, Trump a tenté de forcer le passage avec le « Project Freedom » : des destroyers américains ont escorté deux navires marchands sous tirs iraniens, tandis que les Émirats arabes unis subissaient de nouvelles frappes de drones sur un site pétrolier. La Banque mondiale chiffre l'impact à +30 % sur les prix des engrais en 2026, avec l'urée déjà en forte hausse depuis ces derniers mois. La situation reste ouverte… et instable.
El Niño se confirme : bonne nouvelle relative pour les céréaliers français
Météo-France et l'OMM confirment l'arrivée d'un épisode El Niño à partir de mi-2026, avec un pic en fin d'année. Sécheresses attendues en Australie, Asie du Sud-Est, Amérique du Sud, trois bassins céréaliers majeurs. En France, les effets directs sont très limités. Les céréaliers français se retrouvent dans une position singulière : épargnés par les impacts sur les rendements, mais exposés à la hausse des cours mondiaux qu'El Niño pourrait alimenter.
Le blé touche son plus haut depuis 1 an : le weather market est là
Les prix du blé sur Euronext atteignent leur niveau le plus élevé depuis janvier. Moteur : le weather market ; la phase du calendrier où chaque bulletin météo devient un signal de cours. Les craintes de sécheresse se cumulent sur les plaines américaines, l'est de l'Ukraine et certaines zones russes. Les opérateurs financiers, massivement vendeurs, rachètent leurs positions. La hausse du blé a aussi une logique de fond : Russie et Ukraine pèsent près de 30 % du commerce mondial, et leur capacité à inonder le marché commence à se fissurer : récoltes en baisse, investissements en retrait côté russe, contexte de guerre côté ukrainien.
Ce que ça change pour les achats d'intrants : Si le prix du blé se maintient à ce niveau, il va inciter les céréaliers européens à maintenir leurs assolements blé la prochaine campagne. Plus de surfaces, c'est plus de demande en azote ; sur un marché où les offres nouvelle campagne se comptent déjà sur les doigts d'une main. L'équation de marché se resserre silencieusement.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
LAT Nitrogen (ex Borealis) pose ses cartes : 495 €/t en nouvelle campagne
Hier, LAT a annoncé un prix nouvelle campagne à 495 €/t vrac rendu sur l'ammo 33,5 ; première offre
ferme de l'année sur la prochaine campagne avec cependant un volume très très limité. Par équivalent
azote, ce niveau placerait l'ammo 27 autour de 400 €/t. Ce signal est d'autant plus notable qu'il
arrive dans un marché où les formes d’azote concurrentes sont soit bloquées par Ormuz, soit pénalisées de 60 à 80 €/t
par le MACF.
Le marché réappro reste stable cette semaine. Mais la structure de fond n'a pas changé : le potentiel de repli supplémentaire est limité à -20 / -30 €/t par rapport au prix réappro tout au plus ; les contraintes ICPE sur le stockage industriel restent un plancher structurel, tandis que les facteurs d'une remontée s'accumulent.
Urée
La crise d'Ormuz frappe l'urée de plein fouet : les flux qataris et saoudiens, qui alimentaient habituellement les marchés spot, sont coupés. Le dernier appel d'offres indien s'est conclu à des niveaux fermes. La Chine maintient ses restrictions à l'export. Aucune détente attendue avant l'été et les offres nouvelle campagne ne devraient pas sortir d’ici là. L'urée reste peu compétitive pour la grande majorité des agriculteurs français.
Solution azotée
Les origines concurrentes (Russie, États-Unis, Trinidad) restent pénalisées de 60 à 80 €/t par le MACF. Ormuz aggrave la rareté des flux alternatifs. À court terme, les conditions météo ensoleillées réduisent la demande de troisième passage en liquide, risque de brûlure sur la dernière feuille. Mais la tension structurelle sur la prochaine campagne est intacte. Deux acteurs européens doivent encore se positionner sur des offres nouvelle campagne et les prix pourraient baisser.
Soufre & sulfonitrates
Tension double cette semaine : usines en maintenance (zéro offre supplémentaire à attendre avant plusieurs semaines) et blocage d'Ormuz qui coupe 44 % des flux mondiaux de soufre. Les sulfonitrates se raréfient. La fenêtre pour couvrir les besoins soufre sur colza et céréales se resserre.
Phosphore — DAP & TSP
Colza bien orienté : la demande phosphore est là. Le problème reste la disponibilité physique — DAP et TSP dépendent fortement du Maroc et du Moyen-Orient, deux zones sous pression logistique. Les offres et les volumes peinent à sortir.
Potasse — KCL
Marché stable cette semaine, sans évolution notable.
Les recommandations de Julie
L'ammonitrate 33,5 : l'apport d'azote le plus rentable disponible en France aujourd'hui
Quand on rapporte le prix au coût d'une unité d'azote apportée, l'ammo 33,5 européen n'a pas de concurrent sérieux sur le marché français en ce moment. L'urée est trop chère. La solution azotée est rare. Les origines hors-UE sont bloquées ou taxées. À 495 €/t en nouvelle campagne (LAT), le rapport €/unité N ne ressemblera probablement pas à ça dans six mois.
Cette position favorable, c'est le fruit d'un avantage géographique et législatif. Quand le reste du monde subit les hausses de l’urée, l'industrie azotée européenne offre des alternatives plus compétitives… pour l'instant.