Actu des engrais du 20 mai 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
Signal baissier sur l'urée : 680 €/t départ en big bag, une opportunité.
Urée : le premier crack dans les prix hauts
Depuis des semaines, l'urée résistait. Les vendeurs tenaient leurs prix, la taxe égyptienne à 90 $/t maintenait une pression haussière structurelle, et le marché piétinait. Cette semaine, quelque chose a bougé.
Nous sortons une offre d'urée 46 à 680 €/t départ en big bag. C'est le premier signal concret d'une détente enfin visible sur l'urée.
Ramenée à l'unité d'azote, cette urée s'établit à 495 €/t équivalent ammo 33,5 : un niveau impossible à obtenir en big bag aujourd'hui. Pour les agriculteurs qui peuvent travailler en big bag et qui arbitrent entre les deux formes azotées, l'équation mérite d'être posée.
À retenir : L'urée 680 €/t big bag départ est l'opportunité de la semaine pour qui peut travailler en big bag. Les cours du blé reprennent quelques euros cette semaine : pas d'euphorie, mais l'équation marge/intrants s'est améliorée.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Tension haussière cette semaine sur l'ammonitrate 33,5 : LAT est à 505 €/t et Yara vient d’augmenter son prix de 5 €/t vrac franco. Le train est peut-être en train de passer. L'ammo 33,5 NC demeure une référence azotée des plus compétitives en France face aux alternatives bloquées ou pénalisées.
À titre de comparaison, Yara vient de sortir l’ammonitrate 27 à 404 €/t vrac départ en Allemagne et au Benelux. Ramené à l'unité d'azote, cela situe l'ammonitrate 33,5 français à 505-515 €/t dans la moyenne européenne. Pas de distorsion : deux marchés qui s'alignent sur la même réalité de coût.
Urée
La taxe export égyptienne à 90 $/t (en vigueur jusqu'à début août) et le MACF à ~40 $/t continuent de peser sur les origines hors-UE. Notre offre à 680 €/t départ BB prouve qu'il existe des fenêtres. Pour référence, l'urée départ La Pallice en vrac reste à 740 €/t.
Solution azotée
Approvisionnement structurellement tendu : les producteurs européens ne couvrent pas les volumes habituellement assurés par les origines pénalisées (Russie, USA, Trinidad). La solution azotée se vend bien aux États-Unis ; les surplus ne se déverseront pas sur notre marché avant un moment. Peu de facteurs baissiers à l'horizon : les 448 €/t actuels sont probablement un plancher.
Phosphore — DAP & TSP
Marché stable. Le dossier cadmium reste à surveiller : proposition de loi visant à abaisser les seuils à 40 mg/kg en 2027, examen attendu début juin. Rien n'est acté à ce stade.
Soufre & sulfonitrates
Usines toujours en maintenance, zéro offre supplémentaire. Ormuz coupe 44 % des flux mondiaux de soufre. La fenêtre de couverture se resserre.
Potasse — KCL
Marché stable, sans signal de détente côté offre. La demande mondiale reste soutenue.
Les recommandations de Julie
Urée ou ammonitrate : comment arbitrer vraiment ?
L'urée à 680 €/t départ big bag relance la question pour tous ceux qui ont encore des apports à faire.
- → Sur céréales à paille : Selon les travaux d'Arvalis, il n'y a pas d'écart de rendement significatif entre urée et ammonitrate à dose identique en céréales à paille. À 495 €/t équivalent ammo, le calcul est plié.
- → Sur maïs entre 4 et 8 feuilles : des essais Arvalis montrent que les granules d'ammonitrate peuvent tomber dans le cornet formé par les feuilles en développement et provoquer des brûlures de contact, sans impact systématique sur le rendement mais un risque réel selon le stade. L'urée solide ne présente pas cet inconvénient de contact. Pour un épandage positionné avant une pluie, c'est un argument agronomique à intégrer dans le choix. (Source : arvalis.fr)
- → Pour la prochaine campagne : Les cours du blé restent limités et on comprend que l'arbitrage soit difficile à prendre. Mais les facteurs structurels ne plaident pas pour une baisse prochaine des engrais : taxe égyptienne en vigueur jusqu'à août, MACF, tensions sur la solution azotée. Les premières offres NC émergent. Couvrir une partie de ses besoins maintenant, c'est se protéger contre un rebond. On a des positions.
Ne pas comparer le prix par tonne, comparer le coût par unité d'azote valorisée par la culture. C'est là que se joue la marge.