Actu des engrais du 29 avril 2026

  • Mis à jour : 03 Novembre 2026   |   Publié : 28 Avril 2026
  • Engrais Observatoire des marchés Actualité
  • Temps de lecture : 7 minutes
Julie, experte engrais chez Agryco

Évolution des marchés des engrais

Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.

Ce que le marché nous dit cette semaine

Le marché sommeille, mais les tensions s'accumulent. Prix des céréales bas, appel d’offre ferme, logistique sous tension, solution azotée sous surveillance.

Les cours des marchés des engrais

Ammonitrate

Un marché à l'arrêt, mais des producteurs qui ne peuvent pas attendre indéfiniment
Cette semaine, les achats sont au point mort. Face à des prix des céréales qui restent trop bas pour justifier des investissements en intrants, les agriculteurs préfèrent reporter, réduire leurs doses ou faire l'impasse sur certains passages. La semaine dernière, quelques producteurs avaient pourtant discrètement testé le marché avec des offres sur mai-juin sans s'afficher clairement en "nouvelle campagne". La réponse a été sans appel : très peu ont suivi.

Sauf qu'il y a une contrainte peu visible côté agriculteur : les producteurs d'ammonitrate ne peuvent pas stocker indéfiniment. La réglementation ICPE encadre strictement les quantités stockables sur site industriel et cette pression structurelle finit toujours par se retrouver dans les prix.

Néanmoins, le potentiel de baisse par rapport aux niveaux actuels est limité : on parle de -20 à -30 €/t tout au plus. À l'inverse, les facteurs d'une hausse brutale sont toujours présents. Dans ce contexte, un élément compte plus que tout : aujourd'hui, l'ammonitrate est moins cher que l'urée. C'est déjà une position favorable, et c'est ce qui devrait orienter les arbitrages des prochains mois.

Ce que l'Allemagne préfigure pour la prochaine campagne azotée
Ce qui se passe chez nos voisins allemands nous concerne directement : ils achètent sur le même marché européen que nous. En Allemagne, les agriculteurs achètent traditionnellement leurs engrais tard dans la saison, sur des prix nouvelle campagne. Cette année, faute d'offre claire, ils se sont retrouvés à acheter au prix fort ; et leur campagne ammonitrate est aujourd'hui bouclée à près de 90 %.

Ce signal est intéressant pour la suite : avec l'urée hors de portée par son prix et la solution azotée sous tension (voir ci-dessous), l'ammonitrate s'impose comme le seul produit azoté compétitif pour la prochaine campagne européenne.

ProduitPrix
Ammonitrate 33,5 — Réappro~535 €/t vrac rendu
Ammonitrate 33,5 — « Nouvelle campagne » (mai–juin)~525 €/t vrac rendu
Ammonitrate 27 — Réappro~450 €/t vrac rendu
Ammonitrate 27 — « Nouvelle campagne » (mai–juin)~430 €/t vrac rendu

Urée

Des achats d’urée dans le Nord de la France
Cette semaine, les distributeurs du Nord ont finalisé leurs achats d'urée pour couvrir les besoins maïs de leurs clients. Ce n'est pas anodin : le Nord finit toujours sa campagne avant le Sud. Ce mouvement laisse présager une demande résiduelle qui va progressivement se déplacer vers les ports du Sud-Ouest : La Pallice, Bayonne, Bordeaux ; dans les prochaines semaines.

Pas de détente avant juillet
Le dernier appel d'offres indien s'est conclu sur des niveaux fermes, les vendeurs n'ont pas cherché à casser les prix. Avec la Chine toujours fermée à l'export et la situation à Ormuz incertaine, aucun signal de détente n'est attendu avant l'été. Dans le meilleur des scénarios, une descente progressive prendrait plusieurs semaines. L'urée reste peu compétitive pour la grande majorité des agriculteurs français.

ProduitPrix
Urée~755 €/t vrac départ La Pallice

Solution azotée

Une disponibilité qui inquiète
La solution azotée pourrait bien se faire rare. L'offre n'est aujourd'hui assurée que par un seul producteur réellement actif en nouvelle campagne. Les origines concurrentes : Russie, États-Unis, Trinidad ; sont pénalisées d'au moins 60 à 80 €/t supplémentaires par le MACF (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières), ce qui les rend non compétitives. L'offre est donc structurellement contrainte, indépendamment de l'évolution du contexte géopolitique.

À noter pour les céréaliers envisageant un troisième passage tardif en liquide : par temps ensoleillé avec un peu de vent, attention au risque de brûlure de la dernière feuille. Dans ces conditions météo, ce passage en solution azotée est donc peu probable, ce qui réduit la demande à court terme, mais ne change rien à la pression structurelle qui reviendra dès la prochaine campagne.

ProduitPrix
Solution azotée — Réappro~460 €/t départ Rouen
Solution azotée — « Nouvelle campagne »~445 €/t départ Rouen

Soufre & sulfonitrates

Les usines en maintenance : pas d'offre supplémentaire à espérer
Le soufre est hors de prix. Les producteurs, dont la fabrication est souvent en coproduction avec des raffineries ou unités chimiques, profitent de la période creuse pour mettre leurs installations en maintenance. Aucune offre supplémentaire n'est à attendre avant plusieurs semaines. Les sulfonitrates se raréfient. Pour les agriculteurs qui n'ont pas encore sécurisé leurs besoins en soufre sur colza ou céréales, la marge de manœuvre se réduit.

Phosphore — DAP & TSP

Le colza soutient la demande, mais le produit reste difficile à trouver
Le colza affiche des cours bien orientés cette saison, ce qui devrait maintenir les applications de phosphore prévues sur ces cultures. La demande est là. Le problème n'est pas le prix : c'est la disponibilité physique du produit. L'offre en DAP et TSP reste très dépendante des marchés internationaux, et les premières offres nouvelle campagne se font rares.

ProduitPrix
DAP (18-46-0)~830 €/t vrac départ Rouen
TSP (45 %)~660 €/t vrac départ Rouen

Potasse — KCL

Marché stable cette semaine, sans évolution notable.

ProduitPrix
KCl~360 €/t départ Rouen

Les recommandations de Julie

Super 18 : phosphore et soufre bien approvisionnés en un seul produit

Dans un contexte où le soufre est hors de prix et les sulfonitrates se raréfient, le Super 18 est l'une des rares anomalies positives du marché. Sa composition : 18 % de P₂O₅ soluble à plus de 90 % dans l'eau (disponible immédiatement pour la plante) et 28 % de SO₃, phosphore et soufre en un seul épandage.

Son avantage structurel : il est fabriqué exclusivement à partir d'acide sulfurique, sans acide phosphorique. L'Europe dispose d'une industrie sulfurique solide en Allemagne, Belgique, Espagne, Scandinavie ; adossée à ses grandes fonderies métallurgiques. Le Super 18 est donc bien moins exposé aux aléas des chaînes longues qui fragilisent le DAP ou le TSP (Maroc, Moyen-Orient). Pour les colzas notamment, dont la rentabilité reste favorable cette année, c'est une couverture P+S compétitive et bien approvisionnée.

Notre sélection en phosphore & soufre :


  • Aller plus loin : nos articles complémentaires sur "Engrais"

    • 26 mai 2026
    • Engrais

    Actu des engrais du 27 mai 2026

    Urée à 660 €/t big bag, solution azotée à 440 €/t, MACF maintenu par Bruxelles et nouvelles frappes près d'Ormuz.

    • 19 mai 2026
    • Engrais

    Actu des engrais du 20 mai 2026

    Urée 46 à 680 €/t départ en big bag, Yara relève l'ammo 33,5 de 5 €/t et la solution azotée tient son plancher à 448 €/t.

    • 12 mai 2026
    • Engrais

    Actu des engrais du 13 mai 2026

    Offre NC de LAT épuisée en 48 h, Yara aligné à 10 €/t près, l'Égypte taxe l'urée à l'export et le cadmium des phosphatés en débat.

    • 5 mai 2026
    • Engrais

    Actu des engrais du 6 mai 2026

    LAT ouvre la nouvelle campagne à 495 €/t, Ormuz bloque l'urée et le soufre, et le blé touche son plus haut depuis un an.