Actu des engrais du 29 avril 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
Le marché sommeille, mais les tensions s'accumulent. Prix des céréales bas, appel d’offre ferme, logistique sous tension, solution azotée sous surveillance.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Un marché à l'arrêt, mais des producteurs qui ne peuvent pas attendre indéfiniment
Cette semaine, les achats sont au point mort. Face à des prix des céréales qui restent trop bas pour justifier des
investissements en intrants, les agriculteurs préfèrent reporter, réduire leurs doses ou faire l'impasse sur certains
passages. La semaine dernière, quelques producteurs avaient pourtant discrètement testé le marché avec des offres sur
mai-juin sans s'afficher clairement en "nouvelle campagne". La réponse a été sans appel : très peu ont suivi.
Sauf qu'il y a une contrainte peu visible côté agriculteur : les producteurs d'ammonitrate ne peuvent pas stocker indéfiniment. La réglementation ICPE encadre strictement les quantités stockables sur site industriel et cette pression structurelle finit toujours par se retrouver dans les prix.
Néanmoins, le potentiel de baisse par rapport aux niveaux actuels est limité : on parle de -20 à -30 €/t tout au plus. À l'inverse, les facteurs d'une hausse brutale sont toujours présents. Dans ce contexte, un élément compte plus que tout : aujourd'hui, l'ammonitrate est moins cher que l'urée. C'est déjà une position favorable, et c'est ce qui devrait orienter les arbitrages des prochains mois.
Ce que l'Allemagne préfigure pour la prochaine campagne azotée
Ce qui se passe chez nos voisins allemands nous concerne directement : ils achètent sur le même marché européen que
nous. En Allemagne, les agriculteurs achètent traditionnellement leurs engrais tard dans la saison, sur des prix
nouvelle campagne. Cette année, faute d'offre claire, ils se sont retrouvés à acheter au prix fort ; et leur campagne
ammonitrate est aujourd'hui bouclée à près de 90 %.
Ce signal est intéressant pour la suite : avec l'urée hors de portée par son prix et la solution azotée sous tension (voir ci-dessous), l'ammonitrate s'impose comme le seul produit azoté compétitif pour la prochaine campagne européenne.
Urée
Des achats d’urée dans le Nord de la France
Cette semaine, les distributeurs du Nord ont finalisé leurs achats d'urée pour couvrir les besoins maïs de leurs
clients. Ce n'est pas anodin : le Nord finit toujours sa campagne avant le Sud. Ce mouvement laisse présager une
demande résiduelle qui va progressivement se déplacer vers les ports du Sud-Ouest : La Pallice, Bayonne, Bordeaux ;
dans les prochaines semaines.
Pas de détente avant juillet
Le dernier appel d'offres indien s'est conclu sur des niveaux fermes, les vendeurs n'ont pas cherché à casser les
prix. Avec la Chine toujours fermée à l'export et la situation à Ormuz incertaine, aucun signal de détente n'est
attendu avant l'été. Dans le meilleur des scénarios, une descente progressive prendrait plusieurs semaines.
L'urée reste peu compétitive pour la grande majorité des agriculteurs français.
Solution azotée
Une disponibilité qui inquiète
La solution azotée pourrait bien se faire rare. L'offre n'est aujourd'hui assurée que par un seul producteur
réellement actif en nouvelle campagne. Les origines concurrentes : Russie, États-Unis, Trinidad ; sont pénalisées
d'au moins 60 à 80 €/t supplémentaires par le MACF (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières), ce qui les rend
non compétitives. L'offre est donc structurellement contrainte, indépendamment de l'évolution du contexte
géopolitique.
À noter pour les céréaliers envisageant un troisième passage tardif en liquide : par temps ensoleillé avec un peu de vent, attention au risque de brûlure de la dernière feuille. Dans ces conditions météo, ce passage en solution azotée est donc peu probable, ce qui réduit la demande à court terme, mais ne change rien à la pression structurelle qui reviendra dès la prochaine campagne.
Soufre & sulfonitrates
Les usines en maintenance : pas d'offre supplémentaire à espérer
Le soufre est hors de prix. Les producteurs, dont la fabrication est souvent en coproduction avec des raffineries ou
unités chimiques, profitent de la période creuse pour mettre leurs installations en maintenance. Aucune offre
supplémentaire n'est à attendre avant plusieurs semaines. Les sulfonitrates se raréfient. Pour les
agriculteurs qui n'ont pas encore sécurisé leurs besoins en soufre sur colza ou céréales, la marge de manœuvre se
réduit.
Phosphore — DAP & TSP
Le colza soutient la demande, mais le produit reste difficile à trouver
Le colza affiche des cours bien orientés cette saison, ce qui devrait maintenir les applications de phosphore prévues
sur ces cultures. La demande est là. Le problème n'est pas le prix : c'est la disponibilité physique du
produit. L'offre en DAP et TSP reste très dépendante des marchés internationaux, et les premières offres
nouvelle campagne se font rares.
Potasse — KCL
Marché stable cette semaine, sans évolution notable.
Les recommandations de Julie
Super 18 : phosphore et soufre bien approvisionnés en un seul produit
Dans un contexte où le soufre est hors de prix et les sulfonitrates se raréfient, le Super 18 est l'une des rares anomalies positives du marché. Sa composition : 18 % de P₂O₅ soluble à plus de 90 % dans l'eau (disponible immédiatement pour la plante) et 28 % de SO₃, phosphore et soufre en un seul épandage.
Son avantage structurel : il est fabriqué exclusivement à partir d'acide sulfurique, sans acide phosphorique. L'Europe dispose d'une industrie sulfurique solide en Allemagne, Belgique, Espagne, Scandinavie ; adossée à ses grandes fonderies métallurgiques. Le Super 18 est donc bien moins exposé aux aléas des chaînes longues qui fragilisent le DAP ou le TSP (Maroc, Moyen-Orient). Pour les colzas notamment, dont la rentabilité reste favorable cette année, c'est une couverture P+S compétitive et bien approvisionnée.