Actu des engrais du 3 juin 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
Canicule sur les champs, brèche sur l’urée. Le marché parie sur la baisse de l’urée avant le prix chinois de mercredi ; du vrac sous 650 €/t se profile, quand le blé glisse sous 210 €/t.
France à l’arrêt, l’international s’agite
En France, semaine attentiste. Quelques achats, mais l’essentiel du marché attend, pour deux raisons. D’abord la canicule : des températures record pour un mois de mai (jusqu’à 37,8 °C le 28 mai), en plein sur la formation des épis. Sur blé et orge, les pertes pourraient atteindre 1 à 4 % de rendement par jour tant que dure l’épisode. Le retour de températures plus douces et de la pluie depuis ce week-end devrait limiter la casse, mais le stress est réel. Ensuite l’économie : le blé est retombé sous 210 €/t et continue de glisser. À ce niveau de prix du grain, le rapport blé/engrais ne pousse pas à sortir le chéquier.
Mais pendant que la France temporise, le marché mondial bouge. La Chine a rouvert ses exportations d’urée (de l’ordre de 1,6 Mt, à un prix plancher autour de 660 $/t) ; le lendemain, l’Inde lançait un appel d’offres pour 1,7 Mt ; coïncidence troublante. La Chine doit réviser mercredi son prix minimum à l’export : avec la proximité logistique et un Golfe toujours bloqué par Ormuz, elle devrait rafler l’appel d’offres sans difficulté. Les opérateurs anticipent déjà la baisse ; on attend du vrac départ sous 650 €/t à La Pallice, même si aucune offre ferme n’est encore sortie. La détente devrait courir jusqu’au 8 juin, date à laquelle l’Inde fixera son prix.
À cela s’ajoute la suspension par l’UE des droits de douane de 6,5 % sur l’urée et l’ammoniac (un an, ~60 M€), qui pousse mécaniquement les azotés vers le bas.
Traduction concrète : les deux semaines qui viennent sont une fenêtre pour qui veut acheter de l’urée. Et seulement de l’urée. L’ammonitrate ne suit pas (voir plus bas).
Un signal à surveiller : El Niño. Les modèles donnent désormais un « super » El Niño comme scénario le plus probable pour cet automne (65 % de chances d’un épisode fort à très fort), ce qui pèserait sur les rendements mondiaux de blé, maïs et riz, ainsi que sur les prix. Le marché commence à l’intégrer dans les cours des céréales. Prochaine échéance : la mise à jour du 11 juin. Si le signal se confirme, un rebond du blé pourrait raviver la demande et refermer la fenêtre plus vite que prévu.
À retenir : France attentiste, plombée par la canicule et un blé sous 210 €/t. Mais à l’international, le duel entre la Chine et l’Inde et la suspension des droits UE ouvrent une fenêtre de baisse sur l’urée jusqu’au 8 juin. Fenêtre sur l’urée uniquement : l’ammonitrate, la solution azotée et le phosphate restent fermes. À surveiller : El Niño, qui pourrait faire rebondir les céréales dès cet été.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
L’ammonitrate ne suit pas la baisse internationale, du moins pas encore. Les nitratiers pourraient en subir la pression d’ici quelque temps, mais aucune baisse n’est envisagée à ce stade. Le 33,5 reste le plus ferme : nous tenons un rendu franco à 520 €/t base vrac. Le marché du 27 est plus disputé, tiré par les achats allemands et belges, mais fragilisé par un producteur d’Europe centrale qui brade la CAN 27 sous les 390 €/t vrac départ. Notre position sur l’ammo 27 reste à 415 €/t rendu franco.
Urée
C’est ici que se joue la fenêtre. La réouverture chinoise, l’appel d’offres indien et la suspension des droits UE tirent les prix vers le bas à court terme, le temps que l’Inde se serve. La taxe export égyptienne (90 $/t jusqu’à début août) n’a pas disparu, mais à court terme c’est le duel entre Chine et Inde qui commande. Notre urée Gand big bag est toujours bien placée à 650 €/t ; La Pallice big bag à 695 €/t.
Solution azotée
Toujours le meilleur prix du marché à 440 €/t départ Rouen ; beaucoup en ont profité, et il est possible que cela ne dure pas. L’approvisionnement reste structurellement tendu, les producteurs européens ne comblant pas les volumes perdus côté origines pénalisées. La fenêtre urée ne s’étend pas à la solution.
Phosphore — DAP & TSP
Marché très cher, et destruction de demande sur le marché français : à ces prix de valorisation des céréales, beaucoup préfèrent faire l’impasse et accepter un rendement incertain plutôt que de fertiliser à perte. L’offre mondiale reste structurellement tendue ; selon ICIS, pas de retour à la normale sur le phosphate avant 2027. Prix inchangés.
Soufre & sulfonitrates
Aucune détente. Le soufre reste rare, Ormuz coupe toujours une part majeure des flux mondiaux, et la Chine durcit en parallèle ses contrôles à l’export sur le sulfate d’ammoniaque. Sur ce produit, nous ne voyons pas de baisse se profiler à court terme. Ce qui pourrait rouvrir les flux à terme n’est pas encore d’actualité : les élections américaines de mi-mandat, où Trump aura intérêt à ce qu’Ormuz cesse de ternir son bilan, et la reconstitution des stocks stratégiques entamés.
Potasse — KCl
Marché stable, demande mondiale soutenue. Prix inchangé.
Les recommandations de Julie
STABUR à 650 €/t : l’urée qui travaille comme un ammonitrate
La fenêtre des deux prochaines semaines invite à regarder l’urée. Mais l’objection classique tient toujours : l’urée peut perdre jusqu’à 40 % de son azote par volatilisation (les hypothèses moyennes sont entre 10 et 20 %).
- → C’est exactement ce que corrige le STABUR. Sa double inhibition (NBPT + NPPT) bloque la volatilisation et maintient l’azote sous des formes assimilables : les essais donnent une efficacité équivalente à celle de l’ammonitrate.
- → La preuve, à l’unité d’azote : à 650 €/t vrac départ Gand, le STABUR revient à 1,41 € l’unité d’azote, soit 473 €/t équivalent ammo 33,5, contre 520 €/t pour l’ammonitrate vrac rendu. Près de 9 % d’économie à l’unité d’azote, sans compter les gains logistiques liés à la concentration du produit.
- → Autrement dit : le prix de l’urée, l’efficacité du nitrate. C’est la meilleure valeur de notre gamme aujourd’hui.
Comme toujours : ne pas comparer le prix à la tonne, mais le coût par unité d’azote réellement valorisée par la culture. C’est là que se joue la marge.