Actu des engrais du 17 juin 2026
Évolution des marchés des engrais
Prix de la semaine, coûts à l’unité compris. Les variations comparent chaque prix à celui de la semaine précédente.
Ce que le marché nous dit cette semaine
En France : la baisse a été saisie, en partie seulement
La semaine n’a pas été blanche : une partie des agriculteurs a profité du repli de l’urée et de la solution azotée pour se couvrir. Une partie seulement ; l’essentiel des besoins de la prochaine campagne reste à acheter. Et avec les premières moissons attendues dans les prochains jours, le marché va se figer : on ne signe pas d’engrais quand la moissonneuse est dans la parcelle. Les achats ne reviendront pas vraiment avant août.
L’écart blé / engrais reste par ailleurs très large. Le blé tourne autour de 200 €/t et continue de glisser, pendant que les engrais tiennent des niveaux élevés malgré la détente de l’azote. À ce rapport, peu d’agriculteurs sont pressés.
Pourquoi l’azote a baissé : la Chine et l’Inde, pas la guerre
Soyons clairs : la baisse de l’urée ne vient pas de la paix qui se dessine au Moyen-Orient, mais d’une mécanique simple. En mai, la Chine a rouvert ses exports d’urée après plus d’un an de fermeture. Dans la foulée, l’Inde a lancé un gros appel d’offres pour remplir ses stocks : les vendeurs se sont rués dessus et les prix ont chuté de moitié en deux mois.
Résultat : urée à 530 €/t départ La Pallice, solution azotée à 420 €/t départ Rouen. Beaucoup y ont vu un point bas, et ce n’est pas une mauvaise lecture.
Iran : un accord sur le papier, contesté dans les faits
Un accord entre les États-Unis et l’Iran a été annoncé le 14 juin, signature prévue le 19 juin. Prudence toutefois : ce ne serait pas la première fois que ces négociations échouent, et Israël, qui n’en fait pas partie, l’a déjà jugé inacceptable. Pour nous, l’effet reste limité : ce qui fait le prix de l’azote, c’est le gaz, pas le pétrole. Or le gaz ne baisse quasiment pas. Cela met un plancher sous les prix.
À retenir : La baisse de l’azote vient de la Chine et de l’Inde, pas de la géopolitique. Urée à 530 €/t, solution azotée à 420 €/t : on est sans doute proche d’un plancher, sans l’avoir forcément touché. La détente reste fragile ; la demande d’automne, encore presque entière, peut repartir vite, et le gaz ne baisse pas. La fenêtre est réelle mais courte.
Ce qui pourrait faire remonter les prix
Trois choses à surveiller. D’abord, la demande d’automne : la couverture est très en retard (environ 20 % sur l’ammonitrate, moins de 10 % sur le reste), et une fois la moisson rentrée, elle peut revenir d’un coup.
Ensuite, l’hémisphère Sud (Amérique du Sud, Australie, Afrique du Sud) entre en saison et va consommer du volume.
Enfin, le gaz, qui reste cher et empêche les coûts de production de s’effondrer.
Les cours des marchés des engrais
Ammonitrate
Le 33,5 résiste à la baisse internationale et reste le produit le plus ferme. Aucun des deux producteurs n’a bougé officiellement sa grille pour cet été. Sur le 27, une offre spéciale à 360 €/t départ Gand vient d’apparaître, soit 50 €/t sous le rendu franco : à regarder de près pour une couverture au meilleur prix.
Urée
Baisse rapide et massive. L’urée 46 s’échange à 530 €/t départ La Pallice, sous les niveaux d’avant la crise d’Ormuz. On est sans doute proche du point bas ; un rebond est probable dès que la demande d’automne se réveillera.
Solution azotée
Elle a suivi l’urée : 420 €/t départ Rouen et Gand. C’est le produit qui a le plus absorbé la baisse de l’urée, mais son approvisionnement reste structurellement tendu : si l’urée rebondit, la solution azotée sera la première à repartir.
Phosphore — DAP & TSP
Inchangé pour l’instant, mais c’est ici que la détente devrait se faire le plus sentir si la situation se calme. Difficile de dire de combien : certaines usines ont été touchées et ne redémarreront pas vite. Pas de retour à la normale avant 2027 selon ICIS. À surveiller pour la campagne colza, qui se joue à l’implantation.
Soufre & sulfonitrates
Quelques baisses possibles, mais sans excès : le marché était déjà tendu avant le conflit. Le sulfate d’ammoniaque recule légèrement, sans plus. Pas de retournement à court terme.
Potasse — KCl
KCl stable à 358 €/t départ Rouen. Aucune raison de monter, mais si beaucoup font l’impasse, les vendeurs pourraient défendre leur marge sur de petits volumes et soutenir les prix.
Les recommandations de Julie
STABUR à 550 €/t : le moins cher à l’unité d’azote efficace
L’urée à 530 €/t est tentante, mais sans inhibiteur elle perd une partie de son azote dans l’air — souvent 10 à 20 %, davantage par temps chaud ou sur sol calcaire. Le bon repère, ce n’est pas le prix à la tonne, c’est le coût par unité d’azote vraiment captée par la plante.
Le STABUR, à 550 €/t, bloque ces pertes grâce à sa double inhibition : son azote reste disponible, aussi efficace qu’un nitrate. Ramené à l’unité d’azote efficace, il revient à environ 1,20 €/unité, contre près de 1,35 € pour l’urée standard (pertes comprises) et 1,55 € pour l’ammonitrate 33,5.
C’est aujourd’hui le produit le plus rentable de la gamme azotée, sans compter les économies de transport liées à sa concentration. Avec un rebond de l’urée qui se profile, la fenêtre est étroite.