Canada, Mercosur, Trump : l’Europe agricole sous pression internationale

  • Mis à jour : 17 Juin 2026   |   Publié : 17 Avril 2025
  • Temps de lecture : 2 minutes
Canada, Mercosur, Trump : l’Europe agricole sous pression internationale

Alors que les projecteurs sont braqués sur la crise agricole européenne, une série de tensions commerciales internationales pourraient bien rebattre les cartes… et menacer un peu plus l’équilibre de nos filières. Entre un Canada en quête de nouveaux débouchés, un accord Mercosur qui refait surface, et le retour tonitruant de Donald Trump, l’agriculture européenne pourrait se retrouver au cœur d’une tempête commerciale mondiale.

Le Canada cherche la porte européenne

Le premier signal vient du Canada. Pris en étau entre la Chine et les États-Unis, ses deux principaux clients agricoles, le pays fait face à une série de sanctions douanières. Pékin a imposé 100 % de droits de douane sur le canola (colza), les pois et le porc canadien, tandis que Washington applique une surtaxe de 10 % sur plusieurs produits agroalimentaires.

Résultat : Ottawa pourrait se tourner massivement vers l’Europe, où l’accord CETA permet déjà des échanges facilités. Plusieurs filières canadiennes sont directement concernées :

  • Huile et tourteaux de canola (colza),
  • Pois utilisés dans l’alimentation humaine et animale,
  • Porc, bien que soumis aux normes sanitaires européennes.

En 2024, les exportations agricoles canadiennes vers l’UE représentaient 2,97 milliards d’euros. Ce chiffre pourrait fortement augmenter si les flux se redirigent, avec un impact direct sur la compétitivité des productions européennes dans ces filières.

Le Mercosur revient par la grande porte… grâce à Trump

Autre facteur de déstabilisation : Donald Trump à la Maison Blanche. Avec lui, les tensions commerciales repartent de plus belle. Dès son retour au pouvoir, le président américain a réactivé ses menaces tarifaires sur les produits européens, notamment industriels et agroalimentaires.

Face à cette pression, Bruxelles cherche à diversifier ses débouchés commerciaux. Et relance discrètement les négociations autour de l’accord de libre-échange avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), un dossier pourtant très controversé en Europe. Cet accord, gelé ces dernières années pour des raisons environnementales, reviendrait dans l’agenda européen comme une réponse stratégique aux frictions transatlantiques.

Or, cet accord permettrait une augmentation significative des importations de viande bovine, sucre, soja et autres produits agricoles sud-américains, dont les standards de production sont très éloignés des exigences européennes.

Une double pression sur les filières agricoles européennes

En croisant ces deux dynamiques – l’afflux potentiel de produits canadiens et le retour en grâce du Mercosur –, on comprend que l’agriculture européenne, et en particulier française, se trouve face à une double menace :

  • Une concurrence accrue sur les marchés internes,
  • Des standards environnementaux et sanitaires mis à l’épreuve.

Les agriculteurs français, déjà mobilisés contre les distorsions de concurrence et les charges réglementaires, pourraient voir dans ces évolutions une nouvelle forme d’injustice. D’autant que ces accords interviennent dans un climat tendu : réforme de la PAC, crise du revenu agricole, transition agroécologique sous contrainte…

Quelle stratégie pour l’Europe agricole ?

Face à ces mutations géopolitiques, une question centrale se pose : l’agriculture européenne peut-elle rester compétitive tout en maintenant ses exigences en matière de durabilité, de qualité et de traçabilité ?

La réponse dépendra en partie :

  • de la capacité des institutions européennes à protéger les filières sensibles,
  • de la mobilisation des États membres, à commencer par la France, historiquement réticente à l’accord Mercosur,
  • et de la mise en place de clauses miroirs, exigées par les syndicats agricoles, pour garantir une concurrence équitable.

  • Cyril Combes Cyril Combes, Rédacteur chez Agryco
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